À Madagascar, emprunter n’est plus toujours un choix de développement, mais une nécessité quotidienne. Selon l’INSTAT, 40 % des ménages ayant contracté un dernier crédit l’ont principalement consacré à la consommation courante, loin devant l’éducation (7,4 %) ou le démarrage d’une activité (11,5 %).
| S’endetter s’avère être une solution pour faire face aux difficultés financières. |
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| Les petits commerçants multiplient les efforts pour maintenir leurs activités et faire face aux dépenses quotidiennes. |
Les ménages empruntent d’abord pour manger, se soigner et faire face aux dépenses du quotidien. Derrière ces chiffres, des trajectoires individuelles et des causes structurelles éclairent une spirale dont il est difficile de sortir. Ce que disent les statistiques Les chiffres de l’INSTAT sont révélateurs. Interrogés sur l’usage principal de leur dernier crédit, les ménages malgaches citent d’abord la consommation du ménage (40 %). Viennent ensuite le démarrage d’une affaire (11,5 %), la santé (11,4 %), l’acquisition ou la réparation d’un logement (9,5 %), l’éducation (7,4 %) et les intrants agricoles (6,1 %). Autrement dit, une part importante des emprunts sert à couvrir des dépenses courantes plutôt qu’à financer une activité productive.
Le recours au crédit se fait d’abord auprès de la famille et des proches. Ainsi, 57,7 % des emprunteurs ont contracté leur dernier crédit auprès d’un autre ménage. Les banques représentent 14,6 % des prêts, contre 8,8 % pour les institutions de microfinance et les caisses d’épargne. En milieu rural, la proportion des prêts entre particuliers atteint 64,8 %. Cette prédominance du crédit informel peut exposer les emprunteurs à des conditions difficiles, notamment lorsque les taux et les modalités de remboursement ne sont pas clairement encadrés. Les taux pratiqués par les usuriers atteindraient 100 à 300 % pour des crédits de quelques semaines à quelques mois en milieu rural, et 50 à 100 % par mois en ville. Le crédit informel répond souvent à une urgence : maladie, funérailles ou période de soudure alimentaire. Ceux qui empruntent Derrière les statistiques se trouvent des trajectoires concrètes.
À Antananarivo, une mère de famille a dû emprunter auprès d’une proche résidant en France pour réunir les 700 000 ariary nécessaires à la scolarisation de ses deux enfants. Les frais liés à l’école, malgré le principe de la gratuité, représentent une charge importante : 30 000 ariary par élève dans une école primaire publique, 70 000 ariary par parent dans un collège et 85 000 ariary dans un lycée. Selon les informations recueillies, ces sommes ne correspondent pas à des frais officiels, mais à des « contributions financières fixées par les parents d’élèves eux-mêmes » lors de leurs assemblées générales, destinées notamment à rémunérer les enseignants non fonctionnaires. D’autres empruntent pour produire.
À Ambatondrazaka, Dollin Ramarojnatovo a contracté des prêts auprès d’institutions de microfinance, d’un montant compris entre 1,7 et 2 millions d’ariary, pour financer ses activités agricoles et son élevage porcin. Les remboursements s’échelonnent sur six à quinze mois. Il reconnaît que les échéances peuvent être difficiles à honorer, tout en indiquant avoir remboursé ses emprunts. Les taux pratiqués méritent toutefois d’être examinés avec attention. Dans la microfinance, ils varient de 1,5 à 2,5 % par mois selon les produits, tandis qu’une autre source locale situe les taux annuels entre 20 et 36 %.
Des revenus qui ne couvrent plus les dépenses essentielles
Selon le FMI, les taux bancaires ont oscillé entre 13,8 et 24 %, tandis que le taux des crédits se situerait autour de 22 %. L’accès au crédit formel reste néanmoins limité : les établissements exigent généralement des revenus stables, une capacité de remboursement suffisante et des garanties. Les petits commerçants aux recettes irrégulières se heurtent à ces critères, ce qui peut les conduire à se tourner vers les circuits informels.
Pourquoi les ménages empruntent-ils pour consommer ? Parce que leurs revenus ne suffisent pas toujours à couvrir leurs besoins. Le salaire minimum d’embauche, fixé à 300 000 ariary dans le secteur non agricole depuis mars 2026, reste inférieur au seuil international de pauvreté de 3 dollars par personne et par jour, selon les syndicats. Le secrétaire général du Randrana Sendikaly résume cette difficulté : avec une inflation à 10 %, « comment on va vivre à 300 000 ariary ? ». Les dépenses essentielles absorbent une grande partie de ce revenu.
À Antananarivo, dans un foyer de huit personnes, environ 5 000 ariary sont consacrés au déjeuner chaque jour. Sur trente jours, cela représente près de 150 000 ariary pour ce seul repas, soit la moitié d’un salaire minimum d’embauche de 300 000 ariary.
Le kilo de viande de zébu coûte environ 20 000 ariary, le sac de charbon 40 000 ariary, le kilo de carottes 2 500 ariary, les haricots verts près de 4 000 ariary et le kilo d’oignons autour de 4 000 ariary. Le transport pèse également sur le budget. Tina, employée qui effectue chaque jour le trajet entre Alakamisy Fenoarivo et Ankorondrano, dépense 2 800 ariary en taxi-be par jour pour quatre trajets. Sur la base de 26 jours de travail, cela représente 72 800 ariary par mois, soit 16,2 % de son salaire de 450 000 ariary. « Ce qui me pèse le plus, c’est de voir que les 600 et les 800 ariary s’additionnent chaque jour », témoigne-t-elle. Le logement constitue une autre charge importante, avec des situations très contrastées.
À Anosizato Est, un père de famille loue une pièce de 12 m² avec toilettes communes pour 100 000 ariary par mois, soit déjà le tiers de ses revenus. À l’autre extrémité du marché, les logements meublés affichent des loyers sans commune mesure : un F2 meublé à Ambaranjana est proposé à 2 600 000 ariary par mois par OFIM Immobilier, tandis qu’un T3 meublé à Andohalo est affiché à 5 000 000 ariary chez CHIC IMMO.
Ces exemples concernent des biens de surfaces et de catégories différentes et ne reflètent pas, à eux seuls, les loyers moyens pratiqués dans la capitale. Les revenus sont aussi fragmentés et irréguliers. À Andravoahangy, Soary cumule la vente de vêtements et la couture depuis cinq ans. Elle finance son activité sur ses économies, préférant éviter les intérêts et les échéances fixes. Elle adapte ses ventes au calendrier commercial : les uniformes scolaires avant la rentrée, les vêtements chauds pendant la saison froide. La pluie peut l’obliger à quitter le marché plus tôt, tandis que les périodes creuses réduisent ses recettes.
Son choix de progresser lentement lui permet de conserver une certaine autonomie, mais limite aussi les moyens dont elle dispose pour développer son activité. Bebe Razily, vendeuse de vêtements pour bébés et enfants ainsi que d’uniformes scolaires, a pour sa part déjà recouru au crédit bancaire pour acheter des marchandises. Elle a abandonné cette formule, qu’elle jugeait peu avantageuse, et privilégie désormais les délais de paiement accordés par ses fournisseurs. Les ventes ralentissent en dehors des fêtes de fin d’année et de la rentrée scolaire. Elle doit donc gérer sa trésorerie en fonction de périodes commerciales très inégales. Les chocs aggravent ces difficultés.
Quand le crédit se retourne contre le ménage
Une étude de l’INSTAT montre que la maladie peut entraîner une baisse immédiate des revenus, tandis que les frais de traitement peuvent obliger les ménages à vendre des biens. Même l’éducation dite « gratuite » engendre des dépenses supplémentaires : uniformes, fournitures, frais non officiels et contributions destinées notamment à rémunérer les enseignants. En période de crise, ces dépenses deviennent difficiles à assumer.
Le risque ne réside pas dans l’emprunt en soi, mais dans le recours à un crédit dont les revenus générés ne suffisent pas à couvrir les échéances. À Behoririka, Liantsoa Andrianirina, vendeuse de chaussures depuis quinze ans, en a fait l’expérience. En 2023, l’incendie du marché a détruit tout son stock. Pour reprendre son activité, elle a obtenu des marchandises à crédit auprès de fournisseurs chinois, puis contracté un prêt bancaire faute de trésorerie. Elle rembourse aujourd’hui 700 000 ariary par mois à la banque, tout en restant redevable à ses fournisseurs. La vente de chaussures constitue son unique source de revenus et elle doit subvenir aux besoins de ses quatre enfants. Elle peine à dégager suffisamment d’argent pour renouveler son stock et sortir de l’endettement.
Le mécanisme peut devenir difficile à enrayer. Lorsque les recettes ne couvrent plus simultanément le renouvellement du stock, les charges familiales et les remboursements, le commerçant peut être contraint d’emprunter à nouveau, de réduire ses achats ou de puiser dans l’argent destiné au foyer. Le crédit, censé soutenir une activité, fragilise alors davantage le ménage.
La spirale de l’endettement ne relève donc pas uniquement de décisions individuelles. Elle s’inscrit aussi dans un contexte où les revenus peinent à suivre le coût des dépenses essentielles. Tant que les salaires et les revenus de base ne permettront pas de couvrir plus facilement l’alimentation, le transport, le logement, la santé et la scolarité, le crédit risque de rester, pour de nombreux ménages, moins un levier de développement qu’un moyen de faire face aux besoins immédiats.
Fanilo Mampianintsoa

Mais normalement la Refondation devait tout régler !!! C'est pour quand ???
RépondreSupprimerLa pauvreté abyssale comme héritage du fugitif a fait naître des " couillons " !
SupprimerCet article fait plonger dans un crève-cœur difficilement soutenable . La pauvreté touche gravement la population et une majorité des ménage vivote quotidiennement . Bien qu'une minorité connait l'opulence liée à un système scandaleusement inégalitaire et défavorable à un pouvoir d'achat indispensable tant qu'on n'appartient pas à un cercle précis ou favorisé par une société foncièrement hiérarchisante . Tout le monde doit se souvenir des déclarations choquantes du dernier président maintenant en fuite qui a fustigé la banque Mondiale définissant ce pays avec un taux de pauvreté de l'ordre de 80% avec un revenu moins de 2,15 dollars par jour . Pour lui des indices sont évocateurs de la prospérité comme les voitures dans les embouteillages ou les caddies remplis dans les grandes surfaces . La refondation a intérêt de ne pas tomber dans une telle démagogie populiste pour améliorer les conditions de vie des Malgaches .
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