ATSIMO ANDREFANA - Le mariage précoce détruit les ambitions

La Journée internationale des jeunes filles a été marquée à Toliara sous le thème de la lutte contre le mariage précoce pour les jeunes filles. Le chemin semble loin au vu des chiffres.

Les jeunes filles de la région Atsimo Andrefana doivent être protégées du mariage précoce.

Lucia n’a que 14 ans et est en classe de quatrième au CEG d’Ampanihy, dans le district d’Ampanihy-Ouest, région Atsimo Andrefana. Elle est déjà promise à un homme que sa famille a choisi pour elle, quand elle aura fini son brevet d’études du premier cycle (BEPC). « Mes parents ne sont pas riches. Ils ont de quoi à peine assurer ma nourriture ici à Ampanihy. Ils habitent la commune rurale d’Ankilizato avec mes frères et sœurs cadets qui ne peuvent pas aller à l’école justement, faute de moyens », explique-t-elle. 

La jeune fille est ainsi amenée à se marier pour que les parents puissent recevoir des dots, souvent des zébus, dans l’espoir de casser avec la pauvreté et pour, en quelque sorte, « se débarrasser d’elle » pour qu’il y ait moins de charge dans la famille. « Je suis la seule de la fratrie à être envoyée à l’école car mes parents pensent que je dois acquérir des bases qui me seraient utiles quand je serais mariée », ajoute la jeune fille. Celle-ci a pourtant une grande ambition de devenir un jour une avocate ou juge, car, à son âge, elle veut déjà changer des situations comme celle qui lui est imposée. 

À Toliara, la vie des jeunes filles est également contraignante car des us et coutumes doivent être respectés et suivis à la lettre par les parents, qui envoient leurs filles se marier pour « l’honneur de toute la familles». Après leurs études, notamment jusqu’en classe de troisième, elles sont mariées à des fils de riches éleveurs.

Apprendre

Dans certaines traditions, comme dans les localités de Bezaha, Betioky et Ampanihy, la tradition du « valy fofo» est respectée. « Un enfant, encore dans le ventre de sa mère, si c’est une fille, est déjà prédestinée à un garçon. C’est pour garder le lien du sang entre les familles de cette communauté», explique Evelo, un notable d’une localité de Bezaha, dans le district de Betioky. 

La Journée internationale des jeunes filles, marquée les 21, 22 et 23 octobre derniers à Toliara, a éclairé les opinions sur ce phénomène social. Dans la région Atsimo Andrefana, 41,8 % des femmes âgées de 20-24 ans se sont mariées avant 18 ans, dont 46,5 % en milieu rural et 24,5 % en milieu urbain, et 58,8 % chez les plus pauvres contre 17,5 % chez les plus riches. 58,8 % des jeunes filles les moins instruites (préscolaire ou aucun) sont mariées contre 27,4 % pour celles qui ont fini le secondaire ou plus. Des chiffres officiels de MICS (Multiple Indicator Cluster Survey) 2025, relayés lors des conférences et des événements organisés pour souligner la lutte contre le mariage précoce au Jardin de la mer et au gymnase de Toliara. Il y eut des formations en pâtisserie, des matchs de rugby et des concours de slam pour les jeunes filles. 

La direction régionale de la Jeunesse et des Sports, les organismes onusiens tels que l’Unicef et l’Unfpa, l’association Terre en mêlées, ont collaboré pour rendre les événements marquant la lutte contre le mariage précoce lourds de sens. « Il est essentiel notamment pour les parents et les jeunes hommes de connaître le droit des jeunes filles. Elles ont droit à des ambitions, à apprendre, à découvrir le monde. La sensibilisation va continuer au-delà de ces trois jours d’événements», a souligné le directeur régional de la Jeunesse et des Sports, Basile Rambeloson. 

« Le foyer conjugal devient un enfer »

« Une jeune fille mineure n’est pas encore autonome. Elle est toujours en quête de son identité véritable et cherche sa place au sein de la communauté. Elle doit encore apprendre à distinguer le bon du mauvais. C’est une période cruciale de sa vie, durant laquelle elle doit se prémunir contre les mauvaises influences.

La tradition consistant à marier les jeunes filles dès les premiers signes de la puberté persiste également. Pourtant, cette pratique crée un cercle vicieux: le corps n’est pas prêt, et la maturité psychologique encore moins. Le foyer conjugal peut alors devenir un lieu d’abus, de violences et de viols. Un enfer. »

Mirana Ihariliva

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