ALIMENTATION - Manger à la mesure de ses moyens

La hausse du coût de la vie contraint les ménages à réduire leurs achats et à sacrifier la diversité alimentaire. Pour beaucoup, se nourrir devient un combat quotidien.

Les ménages adaptent leurs dépenses à leur pouvoir d’achat.

À Antananarivo, le contenu des assiettes dépend directement des moyens financiers des ménages. Face au coût des produits alimentaires, certaines familles réduisent les quantités, tandis que d’autres renoncent à certains aliments pour parvenir à nourrir tout le foyer. La viande et les légumes, essentiels à une alimentation variée, pèsent de plus en plus dans les dépenses quotidiennes.

Dans le foyer de Véroniaina, composé de huit personnes, environ 5 000 ariary sont consacrés au déjeuner. Sur un mois, cette dépense représente près de 150 000 ariary si le montant reste identique chaque jour, uniquement pour ce repas. Le matin, le petit-déjeuner se limite au thé et au pain, tandis que le repas de midi est repris le soir. La viande reste rare et les produits laitiers sont difficiles à acheter régulièrement. Le kilo de viande de zébu coûte environ 20 000 ariary, un prix qui limite sa consommation pour les familles aux revenus modestes. Les dépenses liées à la cuisson alourdissent également le budget. Le sac de charbon coûte environ 40 000 ariary, auxquels s’ajoutent les dépenses d’huile et des autres ingrédients nécessaires à la préparation des repas. Chaque achat doit ainsi être calculé pour répondre aux besoins de toute la famille.

Un budget sous pression

Les prix des légumes imposent également des choix. Georgette Rakotomalala, propriétaire d’une épicerie à Ankadindratombo, indique que le kilo de carottes coûte environ 2 500 ariary, contre près de 4 000 ariary pour les haricots verts. L’oignon se vend également autour de 4 000 ariary le kilo. Pour les ménages qui doivent préparer plusieurs repas par jour, ces dépenses s’accumulent rapidement. Certains privilégient les produits les moins chers ou achètent de petites quantités afin de respecter leur budget.

Cette situation s’inscrit dans un contexte où les revenus doivent couvrir plusieurs besoins essentiels. Depuis octobre 2026, le salaire minimum d’embauche pour la catégorie M1 du secteur non agricole est fixé à environ 315 000 ariary par mois. Pour les salariés concernés, cette rémunération doit permettre de financer l’alimentation, le logement, le transport et les autres dépenses courantes. Pour une famille nombreuse, la répartition de cette somme devient un exercice difficile lorsque les ressources ne suivent pas les besoins.

Les restrictions touchent aussi la diversité des repas. Lorsque les prix limitent les possibilités d’achat, les familles privilégient les aliments qui permettent de rassasier tout le monde. Certains produits sont consommés moins souvent, tandis que les quantités sont ajustées en fonction de l’argent disponible. Le contenu des assiettes reflète alors les contraintes financières du foyer autant que ses besoins alimentaires.

Le Dr Domoina Rakotonoely rappelle l’importance de varier l’alimentation et de consommer régulièrement des légumes. Ces recommandations restent cependant difficiles à appliquer lorsque les dépenses alimentaires entrent en concurrence avec les autres charges du ménage. Pour les familles aux revenus modestes, manger équilibré ne dépend pas uniquement des habitudes alimentaires, mais aussi de la capacité à acheter les produits nécessaires.

La difficulté ne réside donc pas seulement dans la disponibilité des aliments sur les marchés. Elle concerne également leur accessibilité financière. Lorsque chaque dépense doit être calculée, diversifier les repas devient un défi quotidien. Pour de nombreux ménages, manger à sa faim et manger de manière équilibrée ne sont pas toujours compatibles.

Fanilo Mampianintsoa

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