SERVICES PUBLICS - Le prix caché des dysfonctionnements du quotidien

Les dysfonctionnements du quotidien ne se résument plus à de simples tracasseries pour les habitants. Ce fardeau chronique pèse lourdement sur la vitalité économique de la capitale.

Des distributeurs d’eau assurant l’approvisionnement des familles.

Les coupures de courant, les coupures d’eau, les embouteillages et le coût élevé des médicaments ont un coût réel pour les ménages. Ces dysfonctionnements du quotidien génèrent des dépenses supplémentaires qui viennent alourdir leur budget. Miranto, une mère célibataire résidant à Andraisoro, raconte que les dépenses additionnelles engendrées par ces dysfonctionnements représentent le tiers de son salaire mensuel.

« Chaque fois que l’eau est coupée, j’achète de l’eau en bidon auprès d’un propriétaire de puits de notre quartier. Il vend le bidon de 20 litres à 500 ariary, et le transporteur me facture 500 ariary supplémentaires par bidon, car le trajet est assez loin. En moyenne, j’achète 30 bidons d’eau par mois, à ce tarif », raconte cette habitante d’un quartier souvent touché par les coupures d’eau. Ses trajets quotidiens jusqu’au bureau lui reviennent plus cher. « En bus, le trajet Andraisoro-Ivandry, mon lieu de travail, me prend parfois une heure trente, car les bouchons sont partout. Or, je dois déposer mes enfants à l’école le matin et les récupérer en fin d’après-midi. Pour ne pas être en retard, je prends un taxi-moto, pour un coût de 20 000 ariary l’aller et le retour», explique-t-elle.

Miranto a également investi dans des solutions durables face aux coupures de courant. « J’ai acheté deux lampes rechargeables à 60 000 ariary l’unité, car elles offrent un éclairage de qualité et nous évitent des dépenses quotidiennes en bougies », indique-t-elle. Dans d’autres foyers, les charges supplémentaires poussent les habitants à s’endetter. C’est notamment le cas chez des familles comptant un membre atteint d’une maladie chronique. « Nos revenus mensuels ne nous permettent pas de dépenser pour des médicaments. Ils suffisent tout juste à couvrir nos besoins de consommation courante.

Pour mes médicaments, j’emprunte à ma soeur, car si je ne les prends pas au quotidien, je risque l’accident vasculaire cérébral. J’ai déjà pris ce risque une fois, en arrêtant de prendre mes médicaments pendant trois mois, faute d’argent », témoigne Patrice Razafindramanana, un quinquagénaire souffrant d’hypertension artérielle.

Impact macroéconomique

Ces coupures d’électricité affectent également les entreprises. « Nous consommons 20 litres de carburant toutes les deux ou trois semaines, selon la durée des coupures, pour faire fonctionner le groupe électrogène, car notre électricité ne doit jamais être interrompue pour respecter la chaîne du froid des médicaments stockés dans notre chambre froide. Or, nous payons déjà près de 500 000 ariary par mois de facture à la Jirama », regrette un pharmacien.

Un cybercafé de Mahazo a, quant à lui, investi 3 000 000 ariary dans un dispositif anti-délestage. « Avant cet investissement, pendant les périodes de délestage intense, nous restions six heures par jour à l’arrêt. C’était une perte totale », confie son gérant.

Ces coûts individuels s’additionnent et finissent par avoir un impact macroéconomique.

« Lorsque les ménages consacrent davantage de ressources à l’achat d’eau ou d’énergie, leur capacité de consommation et d’épargne diminue », lance l’économiste Mamololona Ramarokoto.

Miranto, la mère de famille qui témoigne consacrer le tiers de son salaire à ces charges, regrette de ne pas pouvoir épargner pour ses projets. « J’envisageais d’acheter un petit terrain et de construire une maison plus tard, mais à ce rythme, ce n’est pas possible », déplore-t-elle.

La compétitivité et la capacité d’investissement des entreprises pourraient également être affectées lorsqu’elles doivent supporter des coûts énergétiques plus élevés ou interrompre leur production. « Les problèmes d’accès à l’énergie et à l’eau augmentent directement les dépenses des ménages tout en réduisant la productivité et la capacité de production de l’économie. Ils constituent ainsi non seulement un problème social, mais également un enjeu économique majeur pour Madagascar », poursuit Mamololona Ramarokoto.

Face à cette situation, les réponses institutionnelles s’organisent progressivement.

Du côté de l’électricité, la Jirama mise sur la diversification de ses sources de production, solaire et thermique, pour venir en renfort à la production hydroélectrique, actuellement fragilisée par la période d’étiage. Les productions solaires dans le réseau interconnecté d’Antananarivo atteignent déjà 12 MW et devraient augmenter de 5 MW, avec l’injection prochaine de la production de la centrale solaire de Moramanga.

L’approvisionnement en eau potable de la capitale connaît une amélioration progressive. Depuis le début de l’année, de nouvelles unités compactes de traitement (UCT) fonctionnent sur le site de Mandroseza, dans le cadre du Projet d’amélioration de l’accès à l’eau potable (PAAEP), financé par le Groupe de la Banque mondiale. Selon le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, ces installations permettent d’injecter quotidiennement environ 42 000 m³ d’eau supplémentaires dans le réseau de distribution de la Jirama. D’autres projets sont également en cours, notamment le projet Water III à Amoronakona, qui devrait permettre d’améliorer encore plus la production.

Sur le plan des infrastructures routières, plusieurs chantiers avancent, dont la construction du flyover d’Anosizato et l’aménagement de nouveaux accès dans la capitale. Mais ces efforts, bien que réels, restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.

Miangaly Ralitera

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