Point de vue


On peut bientôt devoir répondre devant la justice pour avoir vérifié ou diffusé une information en ligne. Mais quand pourra-t-on exiger de l’État qu’il réponde aux citoyens sur l’information qu’il détient ?

C’est une question que mérite de poser le débat autour du projet de loi n°042/2026 relatif à la lutte contre la cybercriminalité, appelé à être examiné à l’Assemblée nationale.

Il ne s’agit évidemment pas de contester la nécessité de lutter contre la cybercriminalité. Protéger les citoyens, les entreprises, les institutions et les systèmes numériques contre les infractions est une nécessité.

Mais il y a un problème de cohérence démocratique.

D’un côté, l’État renforce son arsenal juridique pour encadrer les comportements et les contenus dans l’espace numérique.

De l’autre, le projet de loi sur l’accès à l’information à caractère public qui doit permettre aux citoyens, aux journalistes et à la société civile d’obtenir les informations détenues par les institutions publiques reste bloqué dans le processus parlementaire.

Autrement dit : on avance rapidement sur les règles qui encadrent ce que les citoyens peuvent faire circuler, mais beaucoup plus lentement sur les règles qui obligent les institutions à rendre accessibles les informations qu’elles détiennent.

Pourtant, les deux questions sont liées.

Comment vérifier une information sans accès aux données publiques ?

Comment lutter efficacement contre les fausses informations si les informations fiables produites par l’administration restent difficiles à obtenir ?

Comment demander aux journalistes et aux citoyens de vérifier avant de partager, si l’accès aux sources officielles demeure un parcours d’obstacles ?

Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre sécurité numérique et liberté d’expression. L’enjeu est de construire les deux ensemble : protéger l’espace numérique, tout en garantissant le droit de savoir.

À Tsimbazaza, la question mérite donc d’être posée aux parlementaires :

À quand une véritable avancée sur la LAICP ?

Car demander aux citoyens de mieux vérifier l’information doit aussi s’accompagner d’une obligation pour les institutions de rendre l’information publique réellement accessible.

La lutte contre la désinformation ne peut pas reposer uniquement sur la sanction de ceux qui diffusent. Elle doit aussi s’appuyer sur la transparence de ceux qui détiennent l’information. 

Fah Andriamanarivo

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