COMMÉMORATION - Premier anniversaire du soulèvement populaire

Un an après le déclenchement des manifestations du 25 septembre 2025, une cérémonie de commémoration se tiendra ce vendredi. Entre hommage aux victimes, revendication de la paternité du mouvement et bilan de la Refondation, l’événement se tiendra aussi sur fond de controverses.

L’affrontement entre les manifestants et les forces de l’ordre, à Ambohijatovo, le 25 septembre 2025.

Engagement et unité pour la patrie. C’est la traduction libre du thème de la commémoration du premier anniversaire du soulèvement populaire du 25 septembre 2025, demain. Un événement qui a marqué un nouveau tournant politique dans l’histoire du pays, puisqu’il a été le top départ des manifestations qui se sont élargies aux grandes villes du pays. Une mobilisation qui a conduit à la chute d’Andry Rajoelina, ancien président de la République.

Un an après, la date du 25 septembre s’inscrit ainsi dans le calendrier politique et mémoriel du pays. Une stèle commémorative a été érigée à Anosy, au niveau du rond-point menant vers le tunnel d’Ambohidahy. Elle sera dévoilée officiellement durant la cérémonie de demain. Cette journée a par ailleurs été déclarée chômée et payée sur l’ensemble du territoire national. Ceux qui revendiquent une participation active aux manifestations sont attendus à l’événement. Aux premières lignes figurera le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, accompagné des quatre Hauts conseillers de la Refondation de la République. Ces cinq militaires sont arrivés aux commandes du pays dans le sillage de la crise politique ouverte par les manifestations.

Des problèmes très concrets, à savoir les coupures d’électricité et d’eau, ont déclenché les événements du 25 septembre. S’organisant via des applications de messagerie cryptée et des publications sur les réseaux sociaux, la Gen Z avait réussi à fédérer la foule autour de la dénonciation de la crise de l’eau et de l’énergie. Les contestations se sont rapidement élargies à des revendications portant sur la gouvernance, la corruption, la transparence, les libertés publiques et la responsabilité des dirigeants. Les manifestations ont progressivement pris une dimension politique, jusqu’à réclamer ouvertement le départ de l’ancien président Rajoelina.

Dans une certaine mesure, la crise des services essentiels a ainsi servi de catalyseur à un mécontentement plus profond. Un an plus tard, la commémoration ne se déroule pourtant pas dans un consensus absolu. La question de la paternité du mouvement constitue l’un des principaux points de controverse. Effectivement, bien avant que la Gen Z ne traduise le militantisme numérique en acte sur le terrain, des politiciens ont essayé d’allumer la mèche des manifestations quelques jours avant le 25 septembre 2025. Pour certains acteurs de l’arène, la participation aux événements de 2025 constitue un élément de légitimité politique, faute d’onction électorale.

Bilan

La Gen Z et des associations estudiantines, qui avaient été au front des manifestations, revendiquent également la propriété historique du mouvement. S’agissant de ces dernières, la fracture est apparue rapidement après l’arrivée des militaires au pouvoir. D’un côté, une ligne dure de la Gen Z et des associations d’étudiants considère que les objectifs initiaux du mouvement ont été détournés et que la lutte leur a été, selon leurs propres termes, « volée ». Elle réclame une Refondation profonde des institutions et du fonctionnement de l’État. Elle s’est même désolidarisée de la cérémonie officielle de commémoration de demain. De l’autre, une partie des acteurs du mouvement Gen Z ont rejoint les rangs du pouvoir.

Au-delà des controverses, la principale interrogation est cependant celle du bilan. Les revendications qui avaient porté les manifestants dans la rue restent, pour une partie d’entre elles, d’une actualité brûlante. L’eau et l’électricité figuraient au premier rang des doléances. Un an plus tard, les problèmes dans ces deux secteurs ne sont pas résolus. La nécessité d’une gouvernance plus transparente, d’une plus grande redevabilité des responsables publics, de la lutte contre l’impunité et de l’instauration d’une justice impartiale avait également été mise en avant. Les réformes structurelles allant dans ce sens tardent pourtant à se concrétiser.

Même constat pour les libertés individuelles, publiques et démocratiques. Elles figuraient parmi les revendications centrales du mouvement. Les pratiques du pouvoir de la Refondation sur ces questions restent, elles aussi, soumises au débat, à s’en tenir aux avis contrastés de l’opinion publique. Il en va de même pour la moralisation de la vie publique, l’éthique, la probité, la lutte contre l’enrichissement illicite et la fin de la transhumance politique. Sur le terrain politique, du reste, les principaux engagements sont la Refondation de la République et l’organisation des élections pour un retour à l’ordre constitutionnel avant fin 2027.

La concertation nationale doit permettre de définir les grandes orientations institutionnelles et politiques qui conduiront à leur concrétisation de manière inclusive et acceptée de tous. Toutefois, le calendrier semble avancer avec difficulté. Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), qui pilote le processus, est englué dans la phase préparatoire, avec des consultations devant s’étaler jusqu’au niveau national.

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. L’histoire retiendra qu’un régime dictatorial foulant au pied la démocratie , les droits humains et l’état de droit a subi un degagisme «  manarapenitra » .. Il ne sert à rien d’épiloguer avec des commentaires tendancieux . Le bilan de la refondation un an après ce mouvement populaire autorise a constater indiscutablement des améliorations évidentes sur les problèmes d’eau et d’électricité, , la liberté d’expression et la bonne gouvernance. C’est un constat sans appel . La concertation nationale mènera à des élections crédibles , transparentes et acceptées par tous . Le peuple Malgache ne veut plus entendre parler d’un passé récent avec un régime corrompu et mafieux qui a détruit le pays et appauvri la majorité des citoyens !

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