Le premier anniversaire de la commémoration du 25 septembre 2025 s’est déroulé hier. La cérémonie d’Anosy a surtout confirmé la place que le pouvoir veut donner à cette date dans la mémoire politique.
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| Des membres d’une association ayant pris part aux manifestations de 2025, devant la stèle d’Anosy, hier. |
Comme annoncé, le décor a été planté à Anosy. Une estrade a été installée en face du rond-point menant vers le tunnel d’Ambohidahy. Un rond-point sur lequel est érigée une stèle en mémoire des événements de septembre et octobre 2025, et de leurs victimes. Le colonel Randrianirina, chef de l’État, qui a pris part à l’Assemblée générale des Nations Unies, n’a pas pu rejoindre à temps la cérémonie. Il n’y a donc pas eu de discours. Poésies, slams et chants aux textes et aux notes engagés ont animé l’événement.
Sur l’estrade ont siégé les quatre Hauts conseillers de la Refondation. À leurs côtés, les membres du gouvernement, ainsi que les figures politiques et militaires qui ont émergé durant et à l’issue des manifestations. Dans l’assistance, les différentes associations de jeunes, d’étudiants et de moins jeunes. Le moment symbolique de l’événement a été le dévoilement de la stèle commémorative. Entre rappel des faits, hommage aux victimes et mise en avant de la Refondation, la cérémonie d’hier confirme surtout la place que le pouvoir souhaite donner à la date du 25 septembre, dans l’histoire politique du pays. Un point sur lequel le colonel Randrianirina a appuyé.
De retour de New York, hier en fin d’après-midi, il s’est immédiatement rendu à Anosy pour déposer une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative.
« Cette cérémonie a été organisée pour nous rappeler à nous tous qu’il y a des personnes qui ont mené une lutte pour le changement. Qu’il y a eu des victimes. C’est pour nous rappeler, à nous dirigeants, moi en premier, que ce sont ces personnes qui ont lutté qui nous ont menés au pouvoir », a-t-il déclaré.
Risque
Le scénario de l’événement d’hier et des autres commémorations en région suscite toutefois un accueil mitigé chez les observateurs. Loin de la communion nationale attendue, la teneur et la forme de la cérémonie apparaissent comme une messe réservée à ceux qui s’affirment comme « propriétaires » du mouvement de septembre et octobre 2025. Les discours et les images mis en avant durant l’événement ont plus appuyé sur les clivages que sur ce qui peut rassembler. Les valeurs affirmées durant les manifestations sont passées au second plan. Cela pourrait toutefois être une erreur qui pourrait torpiller la postérité de la date du 25 septembre.
Madagascar connaît une longue histoire de dates politiques devenues des repères mémoriels. Il y a le 13 mai 1972, le 10 août 1991 ou encore le 7 février 2009. Chacune renvoie à une crise, à des mobilisations populaires et à des revendications qui ont marqué la vie politique nationale. Leur mémoire s’étiole cependant au fil des changements de régime, des lectures partisanes et des générations qui se succèdent. Au risque de tomber dans l’oubli.
Une des raisons est l’absence d’appropriation nationale. Les commémorations de ces dates ont été des motifs de clivage ou une occasion de les exacerber. Le volet politique ayant toujours été mis au premier rang et les revendications vertueuses qui y ont été réclamées, au prix du sang, systématiquement occultées. Hier, le chef de l’État a essayé de recadrer le débat en soulignant également que la cérémonie de commémoration a été organisée afin de rappeler à tous ses collaborateurs et tous les dirigeants qu’il y a des engagements à respecter.
Le colonel Randrianirina a rappelé que, outre les problèmes sociaux, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption ont, entre autres, également été affirmées durant les manifestations. S’adressant aux dirigeants, il a notamment souligné qu’« avoir participé à la lutte n’est pas un passe-droit. Cela ne vous autorise pas à verser dans les mauvaises pratiques. Si nous réitérons les mauvaises pratiques, comme la corruption, rien ne va changer. »
Garry Fabrice Ranaivoson
