À Antananarivo, les embouteillages pèsent lourd sur l’économie, avec des pertes estimées à 40 millions de dollars par an. Cette congestion chronique est alimentée par une urbanisation galopante, des infrastructures saturées et un manque récurrent de discipline et de planification urbaine.
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| Les motos et les charrettes citées comme source d’embouteillage. |
Les pertes économiques engendrées par la congestion routière sont considérables : la Banque mondiale les évalue à environ 40 millions de dollars par an pour Antananarivo, soit 0,34 % du PIB (étude sur le transport et la mobilité, février 2022).
Ce montant s’explique par trois composantes principales : le temps perdu, la surconsommation de carburant et les perturbations des activités économiques, selon le Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (Crem).
Le premier facteur concerne les heures accumulées dans les bouchons. « Sur la base d’une moyenne de deux heures d’embouteillage par jour et de 300 jours d’activité par an, ce coût peut être évalué en valorisant le temps perdu au taux horaire moyen de 1,50 dollar », détaille Mamololona Ramarokoto, secrétaire générale du Crem.
Dans le secteur des transports, les véhicules immobilisés ou circulant au ralenti consomment davantage de carburant, ce qui alourdit directement les frais d’exploitation des professionnels et le budget des usagers. « Du matin au soir, les transporteurs perdent entre 4 et 5 heures par jour. Ce temps nous permettrait pourtant d’effectuer une à deux tournées supplémentaires. Sachant qu’une rotation rapporte en moyenne 30 000 ariary, le manque à gagner quotidien atteint jusqu’à 60 000 ariary », témoigne Jean Louis Émile Rakotonirina, président de l’Union des coopératives de transport urbain (UCTU).
Des causes structurelles et comportementales
À cela s’ajoutent les retards des salariés et des livraisons, l’allongement des trajets ou encore la désorganisation des chaînes d’approvisionnement. « Ces dysfonctionnements entraînent une baisse de productivité et des surcoûts pour les entreprises », précise l’économiste.
Cette congestion s’explique d’abord par la croissance démographique rapide de la capitale. Avec 3,3 millions d’habitants, Antananarivo reste le principal pôle d’attraction du pays. Déjà surpeuplée, elle continue de concentrer la majorité des administrations et des sièges d’entreprises, ce qui intensifie la pression sur le réseau routier.
Le manque d’infrastructures adaptées aggrave le phénomène : la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) estime entre 100 000 et 250 000 le nombre de véhicules en circulation chaque jour, pour des axes conçus pour en accueillir 50 000 au maximum. Le rapport de la Banque mondiale pointe également l’absence de plans d’aménagement du territoire et les faiblesses de la gestion des transports publics.
La municipalité déplore en outre le comportement de certains usagers: manque de courtoisie, non-respect des consignes des forces de l’ordre, ou manœuvres imprudentes des deux-roues aux arrêts qui ralentissent le flux global. Faute de pistes cyclables, l’augmentation constante du nombre de vélos et de motos contraint ces usagers à partager la voie générale. De plus, la présence illégale de charrettes, l’occupation de la chaussée par les marchands ambulants, le stationnement anarchique dû au manque de parkings et le non-respect des horaires restreints par les poids lourds accentuent les blocages.
Pour améliorer la fluidité, la Commune a entrepris la réinstallation de feux tricolores sur des axes majeurs, notamment à Analakely. Mamololona Ramarokoto préconise quant à elle une stratégie à long terme : création de voies secondaires, de rocades et d’axes périphériques permettant de contourner le centre-ville.
Elle recommande également la modernisation du réseau de transport collectif: « L’objectif est d’offrir des taxis-be plus rapides, fiables et confortables, afin d’inciter les automobilistes à délaisser leur véhicule individuel. » Autre levier proposé : la régulation ciblée des flux, notamment par la limitation de la circulation des poids lourds à partir de 21 heures et l’aménagement d’horaires spécifiques pour l’entrée et la sortie des taxis-brousse aux abords de la ville. Enfin, une réorganisation des horaires d’ouverture et de fermeture des écoles, des administrations et des entreprises permettrait de lisser les pics de trafic.
Les « points noirs » de la circulation
L’intensité des embouteillages varie selon les zones, les horaires et l’état de la voirie. Les principaux goulots d’étranglement se situent aux portes d’entrée de la capitale et autour des zones à forte affluence (bureaux, écoles, marchés).
Les axes les plus saturés :
- RN2 : Ampasapito et Mahazo ;
- RN3 : Analamahitsy ;
- RN4 : Ankazomanga, Ambohimanarina et Andranomena ;
- RN7 / Bypass : Ambanidia et Ankadimbahoaka.
Le matin, la circulation se paralyse lors de la convergence des résidents et des élèves vers le centre-ville; le soir, le phénomène s’inverse vers les zones périphériques.
Miangaly Ralitera
