Coup de théâtre au Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo, hier. Le procès sur l’affaire des Boeing 777-200 est reporté au 27 octobre.
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| L'ancien président du Sénat, escorté par des agents pénitentiaires à sa sortie du siège du PAC, hier. |
Le 27 octobre. C’est le nouveau rendez-vous fixé par le Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo, sis aux 67 Ha, pour la tenue du procès concernant l’affaire des Boeing 777-200. Dans un court communiqué, la juridiction spéciale indique que l’attente d’une réponse à une citation à comparaître de l’Aviation civile de Madagascar (ACM), ainsi que de Mamy Ravatomanga, homme d’affaires, et des résultats « d’une enquête numérique », sont les raisons de ce report.
Le communiqué sommaire publié hier soir veut visiblement apporter des précisions à la déclaration faite par la magistrate qui a présidé l’audience. La missive ne donne toutefois aucune explication supplémentaire au sujet de « l’enquête numérique ». Des sources contactées n’y ont pas de réponse non plus. S’agissant de l’audience d’hier, après avoir procédé à l’appel, la juge a annoncé le report en indiquant que « la plaignante », à savoir l’ACM, était absente. Pareillement pour certains accusés, dont l’homme d’affaires qui est toujours en détention préventive à Maurice. Mais il a également été dit que trois des cinq entreprises qui figurent sur la liste des accusés étaient absentes, hier.
Par ailleurs, ce n’est que durant l’audience d’hier que le public a su que l’ACM était l’entité plaignante dans le dossier. Au début de l’affaire en juillet 2026, les discours laissaient entendre que c’était l’État qui avait saisi le PAC afin d’engager des poursuites judiciaires contre les présumés auteurs de ce délit. Un fait intrigue pourtant sur la situation d’hier. Faniry Alban Rakotoarisoa, directeur général de l’ACM, était présent au siège du PAC, aux 67 Ha, avant le début de l’audience. Il a même accordé une interview aux journalistes présents. « Je suis ici pour m’enquérir de la vérité sur cette affaire », a-t-il notamment déclaré.
Le directeur général Rakotoarisoa a cependant quitté les lieux avant que les accusés, l’assistance et les juges s’installent dans la salle d’audience. Pourtant, outre les quelques absents, la majorité des trente-trois personnes physiques et morales, sur la liste des accusés publiée par le PAC, lundi, étaient arrivés bien avant 9 heures, l’heure indiquée pour le début de l’audience, aux 67 Ha. Plusieurs de leurs proches sont également venus pour les soutenir. Le général retraité Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, Valery Ramonjavelo, ancien ministre des Transports et de la Météorologie, ou encore le colonel Gervais Damas, ancien directeur général de l’ACM, étaient bien présents.
Libertés provisoires
Pareillement pour Rijasoa Andriamanarivo et Singh Khushwinder qui seraient les promoteurs ayant contribué à manœuvrer la livraison des avions en Iran. Les proches de certains accusés ont fait part de leur déception quant au report du procès. Ils espéraient en effet que ces derniers soient libérés à l’issue des échanges de plaidoyers. Dans la liste des prévenus dans cette affaire figurent, entre autres, des employés des entreprises dans la liste des accusés. Ils sont en détention préventive depuis août 2025. « Ce sont des vigiles, des chauffeurs, des femmes de ménage. Il y a même une septuagénaire. Est-ce que ces personnes ont le pouvoir d’opérer une opération de livraison d’avion en Iran ?», regrette un des proches des accusés, présent hier.
Il déplore également que les demandes de mise en liberté provisoire de ces personnes avaient toujours été refusées, « alors que l’ancien directeur général de l’ACM avait pu sortir un mois après ». Vingt-et-une demandes de mise en liberté provisoire ont été déposées à l’audience d’hier, en attente de la reprise du procès, en octobre. Le PAC en a accordé sept. Selon les informations, la septuagénaire figure parmi les accusés ayant bénéficié de cette mise en liberté provisoire. Du reste, autant pour les familles des accusés que pour le grand public, il faudrait patienter pour avoir le fin mot de cette affaire qui a fait vaciller la précédente administration étatique, quelques semaines avant sa chute.
Le scandale a en effet éclaté lorsqu’un média étranger a révélé la livraison à l’Iran de cinq Boeing 777-200 immatriculés à Madagascar, en juillet 2025. L’Iran est pourtant sous embargo international. Toutefois, la genèse de cette affaire remonte à novembre 2023. Les promoteurs précités avaient alors fait part de l’intérêt d’un investisseur étranger pour Madagascar Airlines. Le partenariat devait porter sur un renforcement de la flotte de la compagnie aérienne. La livraison de Boeing 777-200, par une entreprise qui serait basée en Inde et qui aurait une filiale qui s’est avérée fictive à Antananarivo, en serait la traduction en acte.
Les aéronefs avaient obtenu des immatriculations provisoires ainsi que des certificats de navigabilité provisoires. Ces documents devaient permettre de les convoyer vers un atelier de maintenance agréé au Kenya, puis de rejoindre Madagascar une fois le certificat technique obtenu. Leurs validités expiraient respectivement le 17 et le 21 avril 2025. Finalement, c’est avec ces documents que les cinq Boeing ont décollé du Cambodge pour rejoindre l’Iran. La tournure du processus a déclenché une procédure judiciaire à Madagascar, sur fond de suspicions de corruption.
Dans le procès qui devait démarrer hier, mais est reporté le 27 octobre, le PAC a retenu comme chefs d’accusation : « atteinte à la souveraineté de l’État, abus de fonctions, corruption, faux en écriture publique, usurpation de fonctions, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux ».
Garry Fabrice Ranaivoson
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