TOAMASINA - L’État réquisitionne la centrale Enelec

L’État prend le contrôle de la centrale électrique d’Enelec à Toamasina. La Jirama en assurera désormais la gestion et l’exploitation.

La notification de la décision de réquisition a été faite par  la voie d’un huissier, hier, sur le site d’Enelec, à Toamasina.

Vingt-quatre mois. Telle est la durée maximale de « la réquisition de l’ensemble du personnel et des biens et services » de la centrale thermique d’Enelec, à Toamasina. Une décision actée par un décret pris lors du Conseil des ministres du 3 novembre, selon le ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures.

Hier, une forte délégation, accompagnée d’un huissier, a fait le déplacement dans la ville du Grand Port, afin de notifier aux responsables d’Enelec cette réquisition. Le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, le secrétaire général de la présidence de la République, qui préside également le conseil d’administration de la Jirama, le président de la Cour des comptes et le secrétaire général du ministère de l’Économie et des Finances ont, entre autres, fait le déplacement à Toamasina, hier.

Comme conséquence de cette réquisition, la production d’électricité du site thermique d’Enelec à Toamasina est confiée à la Jirama. « Il cesse dès que cessent les circonstances qui l’ont justifié et, au plus tard, à l’expiration d’un délai de vingt-quatre mois à compter de la notification du présent décret », prévoit l’alinéa 2 de l’article premier du décret de réquisition. L’article 34 du Code de l’électricité est le motif mis en avant par l’État pour motiver sa décision.

« L’État garantit la continuité du service public de l’électricité en cas de carence des titulaires de concession, d’autorisation, de déclaration ou en l’absence des titulaires. À cette fin, il peut prendre toutes mesures urgentes, conformément aux modalités précisées par décret », dispose donc l’article 34 du Code de l’électricité. 

Réexamen des contrats

Selon Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, la décision a été prise « afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement en électricité à Toamasina et dans les localités environnantes ».

Selon les explications de la Jirama, une production d’électricité de 32 mégawatts est attendue de la centrale d’Enelec, alors qu’elle n’en fournirait que 14 mégawatts « tout au plus ». Ce qui serait ainsi un des facteurs des coupures d’électricité qui sévissent dans la capitale de la région Atsinanana. Durant une conférence de presse qui a suivi la notification de la décision de réquisition, le ministre Rabearimanga a indiqué « qu’aucune amélioration dans le niveau de production d’électricité n’a été constatée malgré deux avertissements ».

Le membre du gouvernement fait notamment référence à l’avertissement verbal lancé par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, en marge d’un événement à Iavoloha, le 20 juillet. Une déclaration qu’il a faite à la suite du constat de la persistance des coupures d’électricité à Toamasina, Mahajanga et Antsiranana. Des villes approvisionnées par les centrales d’Enelec. « Je lance un avertissement à Enelec (…) si elle ne veut pas travailler à Madagascar, qu’elle parte. (…) C’est un dernier avertissement pour Enelec. Je lui accorde quelques jours, cette semaine, si la situation à Antsiranana, Toamasina et Mahajanga n’est pas rétablie, elle verra », a-t-il soutenu.

Selon le ministre Rabearimanga, un ultimatum par écrit aurait ensuite été adressé à Enelec, de prime abord, sur la situation de Toamasina. « Partant du constat que pour redresser le secteur de l’électricité, l’approvisionnement en équipement ne suffit pas, l’État a donc décidé d’agir en adoptant le décret de réquisition », ajoute alors le membre du gouvernement.

Dans un communiqué publié à la suite des déclarations du chef de l’État, en juillet, Enelec soutient que « des problèmes techniques majeurs et sans précédent ont touché plusieurs centrales électriques gérées par la société 

Enelec ». L’entreprise ajoute: « Nous sommes pleinement conscients des difficultés causées par les insuffisances dans l’approvisionnement en électricité pour la population. C’est précisément pourquoi nous tenons à souligner que l’ensemble du personnel de l’entreprise s’active et cherche ensemble des solutions jour et nuit, afin de résoudre le plus rapidement possible ces problèmes techniques majeurs, et d’augmenter la production d’électricité ».

Près de quatre mois après, la situation ne s’est visiblement pas améliorée. Au-delà de la réquisition de la centrale, l’opération s’inscrit également dans une démarche plus large. Le réexamen des contrats conclus entre la Jirama et les producteurs privés d’électricité a également été mis en avant durant la conférence de presse d’hier. Des zones d’ombre et des dispositions jugées potentiellement désavantageuses pour la compagnie nationale auraient été rapportées. Les autorités estiment notamment que certains engagements ont contribué à alourdir les pertes financières de la Jirama au fil des années.

Garry Fabrice Ranaivoson

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