SÉCHERESSE DANS LE SUD - L’État fait le pari du dessalement d’eau de mer

Diversifier les sources pour renforcer l’approvisionnement en eau potable des habitants et apporter une solution durable face à la sécheresse dans le Sud. C’est dans cette optique qu’a été signé, hier, un projet d’installation d’une usine de dessalement d’eau de mer à Ambovombe.

La ministre Anjaratiana Elia Razafindrianiaina, et Xiao Cheng, représentant d’Aureate Resources, signant l’accord sur le projet de dessalement, hier, à Ambohitsorohitra.

Une première dans l’histoire du pays. Ces mots ont été dits par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, hier, durant une cérémonie de signature d’un accord, au palais d’État d’Ambohitsorohitra. L’accord en question porte sur l’installation d’une usine de dessalement d’eau de mer dans la localité de Tsirangoty, district d’Ambovombe.

Face à la sécheresse dans le grand Sud, notamment dans la région Androy, l’État mise donc sur une solution technologique encore inédite à grande échelle dans le pays. L’unité de dessalement d’eau qui sera mise en place à Tsirangoty sera accompagnée de l’installation d’un pipeline d’environ 7 kilomètres pour acheminer l’eau potable jusqu’à la commune d’Ambovombe. Le projet est mené conjointement par l’État et une entreprise dénommée «Aureate Resources», selon le communiqué de la présidence de la Refondation de la République.

Comme l’indique le chef de l’État, ce projet vient en renfort aux autres infrastructures en eau déjà mises en place ou en cours d’installation dans le Sud. Il cite, entre autres, l’exemple du projet de station de pompage et de pipeline acheminant l’eau de la rivière Mandrare, en partant d’Andranogoa jusqu’à Ambovombe, ou encore les projets de forage. L’objectif affirmé est de diversifier les sources afin de sécuriser durablement l’accès à l’eau potable pour les habitants des zones touchées par la sécheresse chronique.

Citant une partie du texte d’un groupe de Vaovy, parlant de la région Androy, le colonel Randrianirina déclare : «nous n’avons besoin que d’eau». Lui qui est natif de la région Androy et ancien chef de cette région ajoute: «la population d’Androy aime cultiver la terre, mais elle souffre de l’absence d’eau. Parfois, nous nous posons la question si l’Androy est volontairement maintenue dans la pauvreté afin d’attirer des aides internationales ? Si c’était le cas, ce serait comme prendre en otage les habitants du Sud».

À entendre le discours du chef de l’État, solutionner le problème d’accès à l’eau pourrait servir de rampe de lancement à la résolution de la crise structurelle qui fait que l’Androy soit la région la plus pauvre du pays. Les épisodes de sécheresse à répétition, renforcés par le changement climatique, compromettent non seulement les conditions de vie des habitants, mais aussi les activités économiques locales, notamment l’agriculture et l’élevage. Une situation qui place plus de deux millions de personnes sous la menace de l’insécurité alimentaire.

Des enjeux à concilier

L’ambition de l’État et de son partenaire, «Aureate Resources», est que l’unité de dessalement de Tsirangoty soit opérationnelle le plus tôt possible. L’échéance annoncée est de produire les premiers mètres cubes d’eau dessalée à la fin janvier 2027. «Sauf changement de programme, les équipements nécessaires seront acheminés à Ambovombe à la fin du mois», a indiqué le colonel Randrianirina, hier.

Le projet signé hier prévoit une capacité de production d’environ 1 500 m³ d’eau potable par jour. Une fois opérationnelle, l’installation devrait bénéficier à plus de soixante-quinze mille habitants. Toutefois, il n’y a pas d’indication concernant le coût du projet. Il s’agit pourtant d’un des premiers défis de la technologie de dessalement, s’accordent les articles qui découlent d’études sur le sujet publiées sur des sites spécialisés.

Plus que le coût de construction de l’unité de dessalement, il s’agit surtout du coût d’exploitation en raison d’une consommation énergétique potentiellement élevée. Une source énergétique fiable, avec un coût soutenable, est une des conditions de la durabilité du projet. Il faudra aussi être vigilant face aux probables impacts environnementaux du projet. L’idéal, selon les sources documentaires, est de prévoir un système de recyclage des rejets de saumure issus du processus de dessalement afin d’éviter, à long terme, une perturbation de l’écosystème marin.

En misant sur le dessalement, l’État engage un pari ambitieux, mais qui nécessite de concilier des enjeux humains, écologiques et financiers. Néanmoins, s’il est maîtrisé, ce projet pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la sécheresse dans le Sud. Le dessalement présente en effet plusieurs avantages dans un contexte insulaire comme celui de Madagascar. Il permet d’exploiter une ressource abondante et inépuisable qu’est l’eau de mer.

Contrairement aux sources d’eau souterraines ou aux eaux de surface, il n’est pas directement dépendant des précipitations. L’autre atout du procédé de dessalement est la qualité de l’eau produite. Il peut ainsi contribuer à améliorer la santé publique dans les zones ciblées. Par ailleurs, le dessalement est une formule d’adaptation au changement climatique. Il présente une alternative durable face à la variabilité croissante des ressources hydriques.

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. C'est un pari élogieux et ambitieux pour cette population " délaissée " La refondation à priori ne manque pas d'imagination en concrétisant une solution d'approvisionnement en eau de cette région en proie à la sécheresse et qu'on a trop longtemps douté la faisabilité . D'autres pays du golfe , les Etats unis ou l'Espagne ont réussi cette technique . Rainilainga le fuyard à Dubaï a trop berné le peuple par une promesse creuse concernant le fameux projet de pipeline . A notre Colonel maintenant de démontrer comme avec le flyover que la démagogie et le populisme ne sont pas sa tasse de thé !

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