Maux directeur

On en perd son latin. On ne sait plus où l’on va ni ce que l’on veut. La Banque centrale vient d’augmenter le taux directeur à 12,5 %. Le principal objectif de cette mesure serait de limiter l’inflation. Elle intervient à un moment où le gouvernement, de son côté, pousse à la relance économique, encourage les investissements et facilite l’accès au financement. Du moins, c’est l’esprit du Programme général de l’État tel qu’il a été présenté. Cette augmentation vient donc mal à propos et constitue un pavé dans la mare. Il fallait faire le choix entre la maîtrise de l’inflation et les objectifs du gouvernement. Visiblement, le ministère de l’Économie et des Finances et la Banque centrale n’étaient pas sur la même longueur d’onde.

Il est vrai que l’initiative de la baisse ou de la hausse du taux directeur revient à la Banque centrale, mais il faut regarder dans le même sens et aller dans la même direction. Une consultation entre les deux entités aurait permis de prendre une décision idoine et d’avoir une vision plus large et plus lointaine. Le fait est que beaucoup de paramètres auraient dû être pris en compte, dans un contexte économique mondial incertain à cause, d’une part, de la guerre entre les États-Unis et l’Iran et, d’autre part, de celle entre la Russie et l’Ukraine. Même si l’économie mondiale reste jusqu’ici plus ou moins stable, les perspectives varient selon les pays. La volatilité des prix de l’énergie et les coûts du fret peuvent, du jour au lendemain, hypothéquer la croissance et booster l’inflation.

C’est ainsi que le Monetary Policy Committee de Maurice, l’équivalent de la Banque centrale, a maintenu son taux de croissance à 4,75 %. Bien évidemment, on ne va pas comparer l’incomparable. Maurice, avec un PIB nominal de 17,12 milliards de dollars et un PIB par habitant de 13 812 dollars, est un autre monde. Le PIB nominal de Madagascar est estimé à 21,18 milliards de dollars, pour un PIB par habitant de 656 dollars. La différence est énorme.

C’est d’ailleurs pour rattraper ce retard que le gouvernement a fait de la relance économique, de l’encouragement aux investissements et de la facilitation de l’accès au crédit ses priorités.

La mission semble impossible avec la hausse inévitable du coût du crédit, qui freinera l’enthousiasme des investisseurs. Sans investissements dans les différents secteurs, il est illusoire de penser à une croissance.

Rien qu’avec cette différence de taux directeur, le choix est vite fait pour les investisseurs. La situation se complique avec notre classement au Doing Business, les problèmes d’énergie, la corruption et le système judiciaire.

La croissance et les investissements sont des grandeurs directement proportionnelles. L’industrie souffre, par exemple, des problèmes d’accès au financement. On a beau organiser chaque année un salon de l’industrie, la situation reste immuable. Le soutien de l’État s’arrête au stade des promesses.

Les investissements sont également étranglés par les nombreuses nouvelles taxes imposées par les bailleurs de fonds dans le budget pour équilibrer les dépenses et les recettes.

La marge de manœuvre du secteur privé, moteur de l’économie et de la croissance, est ainsi nettement étriquée par ce « maux directeur ».

Sylvain ranjalahy

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