Madagascar devenu un grand marché français

Trois chefs Menalamba, Rabezavana, Rainibetsimisaraka et Rainitavy remettent leurs armes aux forces françaises de pacification.

Les neuf années du gouvernement militaire colonial à Madagascar, se terminent sur un bilan mitigé. Des transformations considérables se produisent alors que sa conquête se termine à peine. À commencer par l’unification du territoire et la centralisation administrative ; ensuite, la mise en route de l’œuvre médicale et scolaire ; enfin, la réalisation d’un premier réseau de communication déjà important. Autant de réalisations qui montrent à quel point l’œuvre de Gallieni est impressionnante. Et comme l’écrivent les auteurs de l’ « Histoire de Madagascar » de 1967, aucun de ses successeurs ne parviendra à l’égaler.  

Toutefois, l’économie coloniale profite surtout aux colons. L’abolition de l’esclavage décrétée, le 26 septembre 1896, bien avant la date de l’annexion, le 6 aout, n’est pas suivie de l’organisation d’un régime politique égalitaire. « L’installation du système des prestations et de l’indigénat mit en place, peu de temps après, le nouvel édifice social fondé sur l’inégalité des hommes. »

La période de neuf ans durant laquelle le gouverneur général dirige le pays, revêt une importance considérable. Au cours de ce premier proconsulat, les grandes lignes de la politique coloniale de la France à Madagascar sont définies, les problèmes essentiels posés. « Les solutions choisies restent discutables, certes, mais l’orientation donnée par le premier gouverneur est souvent respectée par ses successeurs. » 

Homme de la colonisation, ce dernier est bien de son époque, « une époque où en France comme en Angleterre, les hommes politiques anticolonialistes sont rares ». Il n’hésite pas à briser les structures traditionnelles de la société malgache pour bâtir un nouvel édifice. « Encensé par les uns, sévèrement critiqué par les autres, il laisse à son successeur un territoire profondément marqué par son action. »

Dans le cadre des échanges qui représentent le commerce intérieur et extérieur de la Grande Île, conformément à la doctrine du « Pacte colonial », Joseph Simon Gallieni sacrifie tout à l’avantage de la France. Les produits étrangers ne concurrencent plus les produits de la métropole sur le marché intérieur malgache. « Madagascar achète, chaque année, à la France 25 millions de marchandises, fournit son industrie pour 15 millions de produits, entretient 10 000 de ses enfants, lui prépare pour l’avenir des débouchés beaucoup plus importants qu’aujourd’hui… », écrit-il dans son ouvrage « Neuf ans à Madagascar ». Avec le système métrique, la monnaie, la législation commerciale francisent le commerce intérieur. Les grosses compagnies et les banques françaises, dominent le monde des affaires. En 1905, la Grande Île est devenue un marché français : les successeurs, pendant un demi-siècle, conserveront cette option fondamentale.

Dans le domaine administratif, très conscient des réalités, capable de souplesse lorsqu’il s’impose, le Général sait utiliser ses officiers et ses sous-officiers pour préparer la mise en place de la nouvelle organisation. Désireux de tout connaitre, bien informé par les rapports de ses subordonnés, Gallieni sait tirer une leçon des faits et modifier en conséquence ses instructions et ses conseils. Il choisit finalement, pour de nombreux actes subalternes, l’administration indirecte parce qu’elle est à la fois efficace et moins coûteuse. L’Imerina devient une pépinière de fonctionnaires malgaches utilisée par l’administration française dont le nombre ira toujours croissant. Les militaires français installés dans les circonscriptions administratives seront peu à peu remplacés par des civils. « La relève se poursuivit jusqu’à la Première guerre mondiale, attestant le réalisme de l’organisateur ! »

Mais les problèmes nés des rapports des colonisés et des colons domineront la deuxième période coloniale. La mise en valeur de l’Ile suppose, en effet, son équipement indispensable au développement de son économie, tel les réseaux de communication. Car le « libéralisme », doctrine des bourgeois du XIXe siècle, « pèse lourdement sur les infortunés. Placés dans une situation d’infériorité économique, sociale, politique par rapport aux colons, les Malgaches sont écrasés par le système ». En tant que représentant du gouvernement français, le gouverneur général est l’intermédiaire entre colons et  Malgaches. La mise en place de l’Assistance médicale indigène, la création des Écoles normales provinciales, montrent son désir d’unifier la Grande ile. Pourtant l’institution du système des prestations complété en 1904 par celui de l’indigénat, « reporte singulièrement l’échéance de ce programme ».

Pela Ravalitera

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