La destinée du Malgache sous le signe des astres

Le « sikidy » peut régler quantité de points de détail pour exorciser le mauvais sort.  

Les Malgaches croient en l’astrologie dans tous les évènements de leur vie. Ils sont, en effet, convaincus que l’action des astres s’exerce sur les hommes, dès leur naissance, « fixant irrévocablement leur destinée » (Lucile Rabearimanana, à partir du « Manuscrit de l’Ombiasy », Bibliothèque Grandidier 1864-1870).

Ainsi, lorsque la mère accouche le premier jour d’un destin, il faut conjurer celui-ci parce qu’on craint qu’il soit rebelle. C’est le « mpanandro », « ombiasy »… (astrologue) qui dirige l’opération pour conjurer ce qui est malfaisant dans son destin. Il considère que « les jours néfastes correspondent au commencement de chaque destin majeur ou mineur, tandis que les jours fastes sont révélés par la fin de ces mêmes destins » (« Tantara ny Andriana eto Madagascar », R.P. Callet). Dandouau, dans le Bulletin de l’Académie malgache de 1907, décrit la cérémonie de l’exorcisme (« manala-falitry » ou « manala dika »), surtout pour le cas de personnes gravement malades.

On recourt aux exorcismes et aux sacrifices propitiatoires avant d’entreprendre quelque chose d’important, lorsqu’on inaugure un village, une maison, que l’on va se marier…, « suivant ce que l’on veut entreprendre dont on veut conjurer le destin et à propos duquel on veut faire des offrandes », écrit le R.P. Callet lorsqu’il décrit avec précision la cérémonie du « santatra » (début d’une entreprise à mener). Toutefois, seuls ceux qui sont renseignés, se livrent à de telles pratiques.

Tout dépend aussi du signe sous lequel on nait. D’après le Manuscrit de l’ombiasy, par exemple, si l’enfant voit le jour sous le signe d’Asorotany (Cancer) et d’Alakaosy (Sagittaire), on conjure leur destin qu’ils soient nés le premier, le deuxième ou le troisième jour pour le premier destin, le premier et le second jour pour le deuxième destin, car « ces deux destins sont redoutables et les enfants risquent de provoquer la mort de leurs parents ».

En fait, on veut surtout atténuer leurs effets. Selon Cousins (« Fomba malagasy », 1863), Alfred et Guillaume Grandidier (« Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar », volume IV), les Merina sont bien « triés » dès leur naissance pour qu’ils ne soient rebelles au souverain et à leur supérieurs. Le père Callet rapporte que les enfants, nés sous ces deux signes, doivent être noyés dès leur naissance, ou bien on les expose à la porte d’entrée du parc à bétail, ou encore on leur assène des coups avec le récipient en bois qui sert à vanner le riz.

Autre exemple, aucune activité ne débute le cinquième jour de la nouvelle lune, car cela correspond au « mamangi-dambotsiary » ; ni le quinzième et le seizième jour de la nouvelle lune car c’est la pleine lune ; ni le vingt-deuxième jour de la nouvelle lune car celle-ci descend à l’horizon et « c’est pour cela que les gens ne l’aiment pas ».

Et à la nouvelle lune d’Alakaosy, les femmes qui sont sur le point d’accoucher, n’entreprennent rien non plus, ne mangent pas de riz pendant les deux premiers jours de destin. « Elles le font de peur de mettre au monde leur enfant ces jours-là qui sont des jours de malheur », mentionne Cousins. Pour sa part, Jully remarque que le jour de la nouvelle lune d’Alakaosy a lieu la fête commune à tous les « sampy » (fétiches) du peuple.

De même, à la nouvelle lune d’Alohotsy (Poissons), tout le monde ne fait rien car « on appelle l’Alohotsy, le destin de l’abstinence ». D’après les Grandidier, les Merina jeûnent tout le mois d’Alohotsy jusqu’au Fandroana (Bain royal) afin de mieux se préparer à célébrer dignement ce grand jour. 

Et pour conjurer le destin d’un nouveau-né, l’on se met en quête des objets nécessaires pour exorciser son destin suivant le jour de sa naissance. D’après Dandouau, cette pratique a pour but d’écarter les mauvais sorts que son destin fait peser sur l’enfant. L’astrologue détermine l’objet ou les objets grâce auxquels les mauvais sorts pourront être détournés. Dans certaines circonstances, en particulier pour une personne gravement malade, on consulte le « sikidy » qui « règle quantité de points de détail ».

Une fois les mauvais sorts conjurés, on procède aux sacrifices propitiatoires. On pratique aussi l’exorcisme et le sacrifice propitiatoire au cours du « santatra » qui doit être accompli avant d’entreprendre quoi que ce soit.  Seuls le rituel et les objets utilisés diffèrent selon la personne et l’entreprise à mener.

Pour rappel, le destin Alahamady vient du mot arabe signifiant Bélier, selon Cousins. Pour le père Callet c’est le signe du Taureau. Mais en fait, c’est l’Adaoro qui correspond à ce dernier. L’Adizâoza, correspond aux Gémeaux, l’Asorotany au Cancer, l’Alahasaty au Lion, l’Asombola à la Vierge, l’Adimizana à la Balance, l’Alakarabo au Scorpion, l’Alakaosy au Sagittaire, l’Adijady au Capricorne, l’Adalo au Verseau, l’Alohotsy aux Poissons. 

Pela Ravalitera

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