Hopi...taux de mortalité

On n’échappe pas au poids de l’âge. Après avoir servi la population pendant presque un siècle et demi (135 ans), le Cenhosoa, auparavant Hôpital militaire, Hôpital de Soavinandriana et Hôpital Girard et Robic, porte visiblement les séquelles de sa longévité. Il a traversé les années sans que le bâtiment bénéficie de lifting de temps en temps, que le service s’améliore, tant s’en faut. Pire, les malades doivent amener seau, cuvette et remplir les récipients pendant la nuit. L’hôpital subit également le délestage faute de groupe électrogène de secours.

Le Cenhosoa illustre parfaitement la situation dans les hôpitaux publics et les centres de santé de base. Cela est dû au fait que la Santé ne figure pas parmi les priorités des régimes qui se sont succédé. La loi de finances 2026 accorde 856,1 milliards d’ariary contre 920,9 milliards d’ariary en 2025. Soit une coupe de 7 %. 

Dans le monde, Madagascar occupe la 164e place sur 192 pays dans ce domaine. Une réduction qui aura des impacts négatifs sur la situation de la santé. La part de la santé dans le PIB est de 6 % alors que la déclaration d’Abuja, dont Madagascar est signataire, fixe un minimum de 15 % du PIB pour la santé. Les dépenses publiques de santé par habitant sont encore plus effrayantes avec 5 dollars (25 000 ariary), contre 538 dollars (2 528 600 ariary) aux Seychelles, 273 dollars (1 283 100 ariary) à Maurice, 13 dollars (61 100 ariary) aux Comores. L’OMS fixe un seuil minimum de 249 dollars (1 170 000 ariary).

Les frais de santé, aussi symboliques soient-ils, restent à la charge des ménages à hauteur de 35 à 40 %, faute d’un véritable système de sécurité sociale ou d’assurance. L’indice de couverture sanitaire universelle en témoigne : il n’est que de 28 %, contre 44 % en Afrique subsaharienne. Beaucoup de ménages n’ont accès ni aux soins ni aux médicaments, dont le prix représente parfois cinq à dix fois le revenu individuel quotidien, estimé à 2 dollars (10 000 ariary). De guerre lasse, ils préfèrent s’en remettre à la providence ou se tourner vers la dévotion. Là, au moins, ils sont sûrs de bénéficier de la considération et de l’attention de l’État. Il faut dire que cinquante mille fidèles massés dans un stade sont plus impressionnants que trois millions de patients qui fréquentent les hôpitaux tout au long de l’année.

Si les hôpitaux sont ce qu’ils sont aujourd’hui, on peut le comprendre. Les dépenses de santé sont d’ailleurs assurées en grande partie par l’aide internationale et les bailleurs de fonds. On ne peut pas faire autrement avec un taux de pression fiscale de 10 à 12 % : l’État ne peut assumer ses devoirs. L’évasion fiscale et une balance commerciale nettement déficitaire compliquent la situation. On croyait que l’État était déterminé à limiter l’importation en infligeant une taxe de 20 % pour le riz de luxe importé, telle que la loi de finances l’avait fixée, mais on a dû déchanter avec la suspension de la taxe.

Comme les recettes de l’État resteront insuffisantes, le budget alloué à la santé restera dérisoire. On n’aura pas les moyens pour caser les six mille médecins (0,18 médecin pour mille habitants). Ce qui est loin du standard de l’OMS.

Aussi bien dans un pays nanti que dans une nation pauvre, la santé vaut plus que jamais richesse. Hélas, la santé n’est une réalité que dans les rêves, d’ailleurs interdits, faute de sommeil et de moyens pour se payer des somnifères et oublier pour un temps les soucis. Même la nuit ne porte plus conseil. 

Sylvain Ranjalahy

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne