La 13e édition du Festival Sômarôho a une nouvelle fois mobilisé le public à Nosy Be. Au-delà de la ferveur populaire, l’événement confirme son poids culturel, touristique et économique pour l’île.
| L’entrée en scène de Shenseea a reveillé le public d’Ambodivoanio. |
La 13e édition du festival Sômarôho a transformé Nosy Be en capitale culturelle de Madagascar pendant cinq jours. Derrière les concerts, les carnavals et l’affluence, un autre spectacle s’est joué, celui d’une économie locale dopée par le tourisme, les transports, la restauration et le commerce. Mais après treize éditions, le festival doit désormais passer du succès populaire à la démonstration de son véritable impact.
Du 5 au 9 août, de la musique au tourisme, des hôtels aux petits commerces, la 13e édition du festival Sômarôho a une nouvelle fois placé l’île aux parfums sous les projecteurs. Artistes malgaches, invités internationaux, carnaval, animations et soirées musicales ont rythmé une semaine où culture et économie ont marché main dans la main.
À Nosy Be, le Sômarôho ne s’arrête pas aux scènes d’Ambodivoanio. Son effet se diffuse dans toute l’île. Des milliers de déplacements, des hôtels sollicités, des restaurants de toutes catégories remplis, des bateaux mobilisés et des commerces qui tournent davantage pendant cinq jours.
Sur le plan artistique, le bilan apparaît tout aussi positif. Le public a répondu présent et les artistes se sont succédé devant des foules nombreuses. Avec Shenseea en tête d’affiche et Wawa pour clôturer l’événement, Ambodivoanio a vécu plusieurs soirées particulièrement animées.
Le véritable clou du festival aura sans conteste été l’arrivée de l’artiste jamaïcaine Shenseea et sa prestation sur la scène d’Ambodivoanio. Accompagnée de ses danseuses, la star a livré un spectacle mêlant tenues assumées et chorégraphies audacieuses, au grand bonheur du public nosybéen, toutes générations et tous horizons confondus, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes.
Sômarôho a tenu ses promesses
Interprétant ses titres en anglais, Shenseea a surtout été impressionnée par la capacité du public à reprendre ses chansons par cœur. À Ambodivoanio, le stade a vibré au rythme des acclamations et des chants des spectateurs, visiblement conquis par la prestation de la star jamaïcaine.
La star a même invité sur scène de jeunes spectatrices choisies au hasard dans le public, les faisant participer à des démonstrations de danse endiablées à ses côtés. Une séquence qui n’a pas manqué de donner du fil à retordre aux gardes du corps présents sur scène. Malgré les contraintes de sécurité, ces derniers ont dû s’adapter et laisser faire, tant le moment était spontané et attendu par le public. Il s’agissait aussi d’une séquence qui a particulièrement électrisé l’ambiance et renforcé la communion entre la star et son public. Ce spectacle a été précédé par la prestation du groupe Tence Mena avec son « salegy mitsatotsatoka », mais la ferveur n’était pas de même.
Au-delà de cette tête d’affiche internationale, cette 13e édition du Sômarôho aura surtout confirmé l’engouement grandissant du public pour la musique et pour le festival. La mobilisation populaire était particulièrement visible. Manifestement décidé à vivre pleinement l’événement, le public n’a pas été freiné par le prix des billets, fixé entre 20 000 et 25 000 ariary par jour, malgré un contexte économique qui ne permet pas toujours aux ménages de consacrer facilement plusieurs dizaines de milliers d’ariary à un événement culturel. Chaque soir, les spectateurs ont été nombreux à investir l’esplanade d’Ambodivoanio, donnant à la manifestation une impression de forte affluence.
Finale sous l’eau
Les Forces de l’ordre ont été fortement mobilisées pour sécuriser le site et prévenir tout risque de débordement. Plusieurs heures avant le début du spectacle, des barrages avaient déjà été installés sur les axes menant à Ambodivoanio, interdisant notamment l’accès aux taxis-bajaj et aux véhicules. Un dispositif anticipé qui visait à contenir l’affluence et à garantir le bon déroulement des soirées.
Sans annoncer officiellement un quelconque « guichet fermé », les organisateurs ont, semble-t-il, surtout retenu comme indicateur la capacité du site à accueillir le public. Une manière de mesurer le succès de cette édition en fonction de la fréquentation et de l’ambiance qui ont régné durant les différentes soirées.
Pendant plusieurs jours, Nosy Be a gagné en visibilité. Le nom de l’île et son festival Sômarôho circulent dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les conversations des festivaliers. Les images du carnaval, des concerts et des paysages de l’île prolongent la visibilité de la destination bien au-delà de la durée du festival.
La dernière soirée aura donné une autre mesure de la ferveur qui entoure le Sômarôho. Après la clôture officielle du festival, la pluie s’est invitée à la fête, sans parvenir à décourager les derniers irréductibles. Loin de refroidir les ardeurs, les intempéries ont au contraire accompagné une fête qui s’est prolongée jusqu’au lever du soleil. Partout, la bière coulait à flots. Déjà échauffés par les verres, les spectateurs ne semblaient plus se soucier de la pluie qui continuait de tomber. Les vêtements trempés, mais toujours portés par la musique, les festivaliers ont prolongé la fête.
Comme le veut désormais la tradition, Wawa, le « prince du salegy », a assuré le grand final, après les prestations de Théo Rakotovao. Fidèle à son rendez-vous avec le public, l’artiste a transformé la dernière soirée en un immense bal populaire, faisant danser les festivaliers, sous la pluie et dans la boue, jusqu’aux premières heures du lundi.
Mais un festival de cette envergure ne se mesure pas uniquement à l’ambiance ou au nombre de personnes devant la scène. Il se mesure aussi à ses retombées économiques, à ses recettes, à son organisation et à sa capacité à produire des chiffres vérifiables.
Les lumières se sont éteintes, les scènes se démontent, les visiteurs repartent progressivement. Mais pour les organisateurs, le véritable travail commence maintenant.Il faudra analyser les chiffres, écouter les festivaliers, mesurer les retombées économiques et identifier les faiblesses. Car le prochain Sômarôho se jouera en partie sur la capacité à tirer les leçons de celui qui vient de s’achever. La question n’est plus de savoir si Sômarôho a réussi à s’imposer. L’absence d’une grande partie des membres du comité signifierait quelques choses, comme on dit qu’« il y a des anguilles sous roche ».
Pour conclure, Sômarôho a gagné son pari initial : faire de Nosy Be un rendez-vous culturel incontournable pendant plusieurs jours. Mais le festival est désormais confronté à un autre défi, plus complexe : changer d’échelle sans perdre son âme.
« Le véritable bilan du Sômarôho ne se mesure pas seulement au nombre de festivaliers, mais à ce que les cinq jours de fête injectent dans l’économie de Nosy Be et à l’héritage culturel laissé sur l’île. C’est devenu un rendez-vous économique, touristique et culturel dont Nosy Be doit pouvoir mesurer précisément la valeur », a affirmé Mourchid, porte-parole de l’organisation.
Raheriniaina