ÉLECTIONS - La digitalisation de la liste électorale reste en suspens

À une semaine du lancement de la refonte de la liste électorale, la numérisation du processus n’est toujours pas au rendez-vous. Si la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) assure vouloir améliorer la qualité du fichier électoral, la collecte des données reposera essentiellement sur les mêmes méthodes qu’en 2022.

« Ce n’est pas parce que nous utilisons la même méthode que lors des précédentes opérations qu’elle n’est pas fiable », défend Thierry Rakotonarivo, président de la Ceni. Selon lui, le cadre légal n’a pas changé. L’objectif principal est d’éliminer les doublons et d’assainir le fichier électoral. Pour ce faire, les agents utiliseront principalement des fiches de renseignements des électeurs. Des tablettes seront déployées uniquement dans certains centres, en nombre limité.

Malgré l’ambition d’atteindre près de 14 millions d’électeurs inscrits, les moyens matériels et la méthodologie restent pratiquement identiques à ceux employés lors de la refonte de 2022.

Sur le terrain, cinq personnes sont mobilisées dans chaque équipe de recensement : un agent électoral et quatre membres des Comités locaux de recensement des électeurs (CLRE). Ils effectuent un porte-à-porte quotidien et enregistrent également les électeurs au niveau des fokontany. « Pour l’instant, aucune digitalisation n’est prévue. Durant notre formation, le numérique n’a pas été abordé, alors qu’en 2022 nous avions utilisé des tablettes », explique Vololomboahangy Pepretu, agente électorale et vice-présidente du fokontany d’Analapanga.

Le président de la Ceni souligne toutefois qu’une avancée pourrait venir de l’enrôlement biométrique de la carte nationale d’identité. « Les données de la future carte d’identité biométrique pourront être croisées directement avec la liste électorale, ce qui constituera un réel avantage pour fiabiliser le fichier », affirme-t-il.

 Une abstention qui inquiète

Au-delà des défis techniques, la Ceni devra également faire face au désintérêt croissant d’une partie de la population. Pour de nombreux citoyens, les élections ne produisent plus les changements attendus dans leur quotidien.

 « J’ai toujours voté et je me suis toujours inscrit sur la liste électorale. Mais cette fois, je ne voterai pas. Cela ne me dérange pas de ne pas être inscrit, car rien ne change, surtout si les mêmes dirigeants ou leurs proches restent candidats. Il est difficile d’espérer un véritable changement », confie Gaby Rakotozafy, habitant de la commune rurale de Soavina.

Même constat du côté de Lalatiana Mandimbiarisoa, commerçante : « Je m’inscrirai si les agents viennent jusqu’à moi, mais je n’irai pas voter. Je n’ai d’ailleurs jamais voté. Je préfère ne pas perdre mon temps, car je ne constate aucune amélioration : tout reste pareil. » 

La révision de la liste électorale est réalisée chaque année, tandis qu’une refonte complète devrait, en principe, intervenir tous les dix ans. Dans les faits, son organisation dépend souvent du contexte politique.

Ihariana Sarobidy

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