DISPARITION - Papa James laisse une empreinte au-delà des frontières

Figure du salegy et de l’animation musicale malgache, Papa James s’est éteint en Afrique du Sud, laissant derrière lui une carrière de 36 ans et un retour au pays qu’il espérait encore vivre.

Papa James, une figure du salegy malgache  s’en est allée.

Il rêvait de retrouver Diego (Antsiranana), la ville où tout avait commencé. Il rêvait de remonter sur scène à Madagascar, de retrouver son public et de faire résonner encore une fois ses chansons. Ce retour préparé avec Rossy n’aura finalement pas lieu. Papa James s’est éteint avant-hier en Afrique du Sud, après une dégradation de son état de santé, emportant avec lui une voix, une énergie et une époque de la musique malgache.

De son vrai nom Mayoub Caid Jean Gaby, Papa James avait commencé sa carrière à Diego dans les années 1970 comme batteur du groupe Les Jockers, avant de se produire au cabaret La Taverne. Il s’est surtout imposé dans les années 1980 grâce à ses animations à l’hôtel Hilton, notamment lors de soirées diffusées sur la TVM, alors unique chaîne nationale, à l’époque de la télévision en noir et blanc.

Ses chansons ont accompagné cette période. Chez Discomad, il enregistre notamment « Beby Adaladala » / « Coco Rasé » en 1977, « Ngôma Hoe » / « Tavela am-pitan-drano» en 1979 et « Tiako Ianao Tsiah» / « Marary Ngoma » en 1986. Son goût pour le salegy et son talent d’animateur lui permettent de marquer durablement le public.

Le journaliste Randy Donny garde de lui l’image d’un artiste capable de faire vibrer une salle entière : « C’est une bête de scène, capable d’électriser la foule avec des compositions entraînantes, du salegy endiablé dont les paroles tiennent tout juste en deux lignes sur une musique faite pour danser. »

Retour sur ses terres

Installé en Afrique du Sud avec sa famille depuis une trentaine d’années, Papa James n’a pourtant jamais véritablement quitté la musique. Après sa retraite, il y a créé un restaurant-cabaret, où il a continué à assurer des animations.

Sa femme se souvient de cet homme qui avait fait de la musique une véritable manière de vivre : « Dans les années 70 et 80, il était connu pour ses animations de soirées et le salegy. Il a travaillé en Afrique du Sud, puis, à la retraite, il a créé un restaurant où il a continué à faire de l’animation. »

Mais cette nouvelle vie a été brutalement fragilisée par les violences xénophobes en Afrique du Sud. Son restaurant, sa voiture et sa maison ont été pillés ou incendiés. La violence de ces événements a profondément affecté l’artiste et sa santé s’est rapidement dégradée.

Malgré l’éloignement et les épreuves, Papa James et Rossy continuaient à se parler régulièrement. Un dernier projet les réunissait: faire revenir Papa James sur scène à Madagascar, à Diego, là où il avait fait ses premiers pas. Ils envisageaient également de reprendre certains de ses titres, notamment « Tiako Anao » et « Lalàna », avec Mama James au Papillon Madagascar Hilton.

La disparition de son aîné bouleverse Rossy. « Notre Papa James national est parti… », écrit-il, avant de rappeler leurs échanges et ce projet qui leur tenait à cœur : « On se parlait souvent au téléphone, on l’a invité à plusieurs reprises pour lui rendre hommage. On préparait ensemble son grand retour qu’il voulait à Diego, là où il a débuté. »

Derrière ces mots transparaît le regret d’un rendez-vous désormais impossible. Rossy conclut son hommage en adressant une pensée à la famille : « Je souhaite beaucoup de courage à Mama James, à ses enfants et à toute la famille. Repose en paix, mon aîné. » 

Papa James avait exprimé le souhait de rentrer au pays. Après sa disparition, sa famille et l’ambassade ont engagé les démarches pour permettre le rapatriement de sa dépouille à Madagascar. Sa femme confirme cette volonté : « C’était son souhait de rentrer dans son pays. Nous attendons maintenant les dispositions de l’ambassade et de la famille pour son rapatriement. »

De Diego aux soirées du Hilton, puis aux scènes de la diaspora en Afrique du Sud, Papa James aura traversé plusieurs décennies de musique malgache. Il ne retrouvera pas la scène qu’il espérait revoir, mais restera dans les mémoires comme cet artiste qui savait faire danser, chanter et vibrer le public. Son dernier voyage vers Madagascar sera peut-être, à sa manière, le retour tant attendu vers cette terre où son histoire avait commencé.

Cassie Ramiandrasoa

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