Pauvre Rôrô. Le coach des Barea court derrière le solde de son salaire auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Fédération malgache de football. Les deux entités se renvoient la balle. La FMF a simplement et purement affirmé que le coach des Barea, vice-champions d’Afrique en 2023, avait démissionné de son poste de coach de la sélection A après une nouvelle défaite face à la Tunisie. Pour la FMF, l’affaire est donc claire. Le coach Rôrô n’est pas allé au bout de sa mission, donc il a résilié lui-même le contrat.
On ignore d’ailleurs s’il y a bel et bien un contrat signé par toutes les entités ou si tout s’est fait verbalement, comme c’est souvent le cas avec les entraîneurs locaux. Le paiement du salaire du coach Rôrô a toujours été un problème. Des fois, c’est une société privée qui s’en est chargée.
Le cas du coach met à nu le traitement infligé aux techniciens nationaux, toutes disciplines confondues. On ne voit que les athlètes et les joueurs, alors que sans l’encadrement des techniciens, aucune performance n’est envisageable. Même au moment de la remise des primes, les techniciens passent au second plan.
La plupart, sinon la majorité, sont des bénévoles, des passionnés qui vivent pour le sport. Une situation aberrante dans la mesure où l’État crée une École nationale supérieure des sports et forme des techniciens spécialisés dans diverses disciplines, mais ils ne servent que peu ou prou au développement du sport. Ce sont pourtant des fonctionnaires qui peuvent servir dans les fédérations, mais c’est le cas dans beaucoup de pays. Les animateurs sportifs, les éducateurs sportifs, les entraîneurs, les préparateurs physiques, les médecins du sport… bénéficient d’une considération et sont considérés comme les autres agents de l’État, à l’image des médecins ou des enseignants.
Dans les années 80, le projet de développement du football entamé avec la coopération allemande sous la houlette de Peter Schnittger avait inclus la formation d’entraîneurs de haut niveau qui devaient avoir le même rang que les agents de la Fonction publique. Le projet a capoté et les entraîneurs erraient à gauche et à droite, dans divers clubs, ou se sont succédé à la tête de l’équipe nationale juste pour la gloire. Leur diplôme n’a pas servi à grand-chose, même si quelques-uns ont pu bénéficier de formations organisées par la FIFA pour monter en grade.
La situation est similaire dans les autres disciplines. Les ministres défilent à Ambohijatovo à chaque changement politique, mais jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu l’ombre d’une politique de développement impliquant les techniciens. Le coach Rôrô l’a appris à ses dépens. La pire des défaites.
Sylvain Ranjalahy