CONJONCTURE - Les Églises au centre des convoitises

Les Églises occupent une place particulière dans la société malgache. Leur influence, mais aussi leur potentiel électoral que représentent les fidèles, en font des partenaires convoités par les acteurs politiques.

Photo prise durant le culte de l’Église « Apokalipsy »,  au stade Barea, Mahamasina, le 8 août.

Une constante. Les Églises ont toujours été au centre des convoitises politiques dans le pays. Leur influence sociale et culturelle, leur implantation jusque dans les localités les plus reculées et leur capacité à fédérer un nombre important de fidèles en font des interlocuteurs particulièrement recherchés. Pour les responsables politiques, elles représentent à la fois une caution morale et un potentiel relais auprès d’une large partie de la population.

La décision de confier au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) la conduite de la concertation nationale en constitue une illustration. Les quatre principales confessions chrétiennes réunies au sein du FFKM disposent d’une légitimité quasi-institutionnelle. Dans un contexte de refondation politique, leur implication donne également à la démarche une dimension morale et consensuelle que les autorités cherchent à préserver.

Cette proximité ne relève toutefois pas uniquement de la spiritualité. Pour les acteurs politiques de tout bord, séduire les Églises répond aussi à une logique d’influence. Ces derniers estiment vraisemblablement que s’attirer la sympathie des responsables religieux peut permettre d’améliorer leur image auprès des fidèles. Il y a les enjeux électoraux, mais aussi un objectif de renforcer un capital sympathie au sein de la population. Les tenants actuels du pouvoir ne dérogent pas à cette règle.

Le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, ou encore Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, notamment, multiplient les apparitions lors de manifestations religieuses ces derniers temps. Plusieurs membres du gouvernement et des parlementaires les accompagnent la plupart du temps. Ils participent aussi bien aux offices des confessions au sein du FFKM qu’à ceux des Églises dites « cadettes », terme politiquement correct utilisé pour désigner les autres mouvements chrétiens.

L’enjeu est d’autant plus important que certaines de ces communautés désignées par le terme « Églises cadettes» disposent d’une forte capacité de mobilisation. La relation entre les prédicateurs et leurs fidèles peut être particulièrement étroite. 

Laïcité de l’État

D’où l’idée, présente dans certains milieux politiques, qu’une consigne de vote ou politique donnée par une figure religieuse pourrait influencer le comportement électoral de ses fidèles. Une hypothèse qui fait de certains responsables religieux des personnes courtisées.

Le samedi 8 août, le chef de l’État et le président de l’Assemblée nationale ont pris part au culte de l’Église « Apokalipsy », au stade Barea, Mahamasina, devant une foule considérable. Dans son intervention, Michaël Randrianirina a notamment mis en avant sa foi chrétienne et son appartenance à l’ordre des « Mpiandry » de la confession luthérienne, ces laïcs engagés dans le service de la foi. À cette occasion, le locataire d’Iavoloha a remis une enveloppe de 40 millions d’ariary à l’Église.

Une semaine plus tard, samedi dernier, le président de l’Assemblée nationale a assisté au culte de l’Église « Vahao ny Oloko », au Coliseum Antsonjombe, où il a également effectué un don. Dimanche, le Premier ministre était présent à un rendez-vous religieux à Manolotrony. Elisa Randrianirina, Première dame, s’est aussi inscrite dans cette dynamique. À travers sa fondation Fanjiry, elle a apporté des dons en vivres et en argent à l’association des femmes luthériennes, réunie à Toliara durant le week-end.

Le chef de l’État et le Premier ministre ne manquent pas, par ailleurs, les occasions de revêtir leur toge de « Mpiandry » lors des cultes publics. Cette stratégie de s’attirer les bonnes grâces des Églises et de leurs fidèles n’est pas nouvelle. Les précédentes administrations étatiques ont, elles aussi, multiplié les gestes envers les organisations religieuses. Dans la plupart des cas, ces actions sont présentées comme des actes de dévouement ou des marques de soutien à la foi, à l’action sociale ou à des œuvres caritatives.

Dans une certaine mesure, étant donné que la religion conserve une influence considérable dans la vie sociale du pays, la proximité avec les Églises semble constituer un investissement politique. Cette proximité entre les acteurs politiques, surtout les responsables étatiques, et la religion suscite souvent des débats sur la portée de la laïcité de l’État prescrite par la Constitution.

« L’État affirme sa neutralité à l’égard des différentes religions. La laïcité de la République repose sur le principe de la séparation des affaires de l’État et des institutions religieuses et de leurs représentants. L’État et les institutions religieuses s’interdisent toute immixtion dans leurs domaines respectifs. Aucun Chef d’institution ni membre de Gouvernement ne peut faire partie des instances dirigeantes d’une Institution religieuse, sous peine d’être déchu par la Haute Cour constitutionnelle ou d’être démis d’office de son mandat ou de sa fonction », dispose la Loi fondamentale sur le sujet.

Garry Fabrice Ranaivoson

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne