Pourquoi Madagascar peine-t-il à sortir du cycle des crises politiques ? La question a été au centre de la conférence-débat « Crises politiques à répétition à Madagascar », organisée le 7 août à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université d’Antananarivo.
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| Les intervenants lors de la conférence-débat consacrée aux crises politiques à Madagascar. |
La rencontre a réuni la politologue Christiane Rafidinarivo, l’enseignant-chercheur Faneva Ratsimba Rajaona et l’historien Richard Ranarivony autour des causes et des mécanismes de cette répétition.
La professeure Christiane Rafidinarivo, docteure en sciences politiques, a d’abord placé la question des crises dans une perspective structurelle. Les échanges ont notamment mis en évidence leur récurrence historique, avec une périodicité estimée à environ dix à douze ans, qui tendrait à se raccourcir. Derrière cette répétition se trouvent plusieurs fragilités : pauvreté persistante, difficultés économiques, inégalités, faiblesse de la gouvernance et dysfonctionnements institutionnels.
Cette approche permet de dépasser la simple chronologie des crises. L’enjeu est de comprendre pourquoi les sorties de crise ne parviennent pas toujours à produire des transformations suffisamment profondes pour empêcher leur retour.
Cette question renvoie également au rôle des institutions et des acteurs politiques. Faneva Ratsimba Rajaona est intervenu en qualité de discutant. Les échanges ont souligné l’importance des institutions dans la gestion des tensions politiques. Lorsque les mécanismes de dialogue, d’arbitrage et de contre-pouvoir fonctionnent difficilement, les rapports de force peuvent se déplacer vers la rue. La mobilisation devient alors un moyen de pression politique.
Mais les institutions ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte. « Il n’y a pas de crise sans acteurs », a-t-il été rappelé au cours des échanges. Le mécontentement populaire peut servir de moteur à une mobilisation, mais également être orienté ou instrumentalisé par différents acteurs en fonction de leurs intérêts politiques.
Fragilités
L’éclairage historique apporte une autre dimension à cette réflexion. Historien et vice-président de l’Université d’Antananarivo, Richard Ranarivony a assuré la modération de la rencontre. Son intervention a permis de mettre en relation les différentes dimensions de la réflexion et de replacer la question des crises dans une perspective plus large.
L’approche historique permet notamment de ne pas considérer chaque crise comme un phénomène isolé. Les périodes de rupture peuvent être observées à travers leurs continuités, leurs répétitions et les changements qu’elles produisent, ou ne produisent pas, dans la société et les institutions.
Au-delà des différentes approches, un même constat ressort : la crise politique ne peut être dissociée des fragilités sociales, économiques et institutionnelles du pays. Une difficulté économique ou une revendication sociale peut se transformer en mobilisation politique, avant de déboucher sur une confrontation plus large lorsque les mécanismes institutionnels ne permettent plus de canaliser les tensions.
Le défi consiste donc à sortir du schéma de crise, de rupture et de reconstruction, sans transformation suffisamment profonde. Le renforcement des institutions, le dialogue politique, la participation citoyenne et la consolidation de l’État de droit apparaissent comme autant de pistes pour rompre avec cette logique.
Organisée par les étudiants de Master 2 en Médiation et Management culturels de la Mention Études françaises et francophones, la conférence a ainsi cherché à faire de l’université un espace de réflexion sur les grandes questions politiques du pays.
Lucia Rabarijaona
