CENTRE HOSPITALIER DE SOAVINANDRIANA - Dr Raymond Sambany raconte l’hôpital militaire

Le Centre hospitalier de Soavinandriana (Cenhsoa) donne, ce jour, le coup d’envoi des célébrations de son 135e anniversaire. L’occasion de revenir sur l’évolution de l’établissement à travers le récit du Dr Raymond Sambany, véritable mémoire vivante de l’hôpital militaire.

Le Dr Raymond Sambany, chirurgien au sein du Cenhsoa.

LE docteur Raymond Sambany, âgé de 72 ans, incarne à lui seul quatre décennies d’histoire de l’hôpital militaire. Il y est entré comme chirurgien bénévole en 1986. Il a traversé les périodes clés de l’établissement, de l’ère de la coopération étrangère à l’émancipation de l’hôpital. Il a exercé aux côtés de tous les directeurs généraux malgaches de l’établissement, dont le Pr Razanamparany, le Pr Rakotovao, le Pr Razafindramboa, le Pr Rajaonarison, le Pr Fanomezantsoa Rakoto et le Pr Willy Ratovondrainy.

Le Dr Sambany est également témoin et acteur de l’évolution de la chirurgie à Madagascar. « À mon arrivée ici, l’établissement vivait au rythme de la coopération étrangère. Tous les services étaient gérés par des étrangers. Tout était sous la main, les armoires des blocs opératoires regorgeaient d’instruments et de consommables mis à la disposition immédiate des chirurgiens et anesthésistes », se souvient ce médecin. Il se rappelle également que, lors des tours de garde, les chirurgiens devaient traiter toutes les urgences, qu’il s’agisse d’une intervention neurochirurgicale, d’une fracture, d’une appendicite ou d’une césarienne imprévue. « La seule priorité, c’était de sauver des vies », se rappelle-t-il, évoquant les appréhensions de sa jeunesse, vite dissipées par la routine du bloc.

Le grand tournant s’amorce vers 1994, avec l’autonomie des équipes médicales malgaches au sein de l’hôpital. C’était la fin de la coopération. « De nombreux spécialistes malgaches, des civils et des militaires, étaient de retour à Madagascar. Ils ont estimé qu’ils pouvaient désormais fonctionner en autonomie sans l’aide des coopérants. La présence étrangère a ainsi diminué peu à peu, le service d’ophtalmologie étant le dernier à avoir été géré par eux », se remémore-t-il. L’autonomie s’installe, avec son lot d’exigences et de rigueur administrative.

Avancée majeure

« Quand l’hôpital est devenu autonome, des ordonnances ont été établies pour s’approvisionner à la pharmacie », raconte-t-il.

Cette autonomie a, par ailleurs, permis aux praticiens de se concentrer sur une seule spécialisation. « Un chirurgien viscéral ne fait plus de traumatologie, par exemple. Ce cadrage améliore la qualité de la prise en charge médicale, mais restreint en contrepartie la polyvalence des acquis d’autrefois », poursuit-il. Le Dr Raymond Sambany s’est imposé comme l’un des pionniers de la chirurgie au sein de l’établissement. En raison de son expertise, l’hôpital l’a maintenu en poste après son départ à la retraite.

Membre de l’équipe malgache ayant réalisé en toute autonomie des chirurgies à coeur fermé depuis 2016, il est ensuite devenu l’un des premiers chirurgiens du pays à s’initier à la chirurgie à coeur ouvert, pratiquée à Madagascar depuis le premier semestre 2024. Une avancée majeure pour la médecine malgache, même si ces interventions bénéficient encore du soutien d’équipes médicales françaises pour une durée de cinq ans. Auparavant, les patients nécessitant ce type d’intervention devaient être évacués à l’étranger.

Le Dr Raymond Sambany voit dans cet hôpital l’aboutissement d’un pari engagé il y a trente ans : celui d’une médecine autonome, portée par les compétences malgaches. « En comparaison avec les hôpitaux étrangers, il existe encore des manques dans les équipements, mais l’hôpital atteint une très bonne moyenne permettant d’opérer dans de bonnes conditions », conclut-il.

Miangaly Ralitera

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