AIDE BUDGÉTAIRE - Le FMI reporte un nouveau décaissement

Une nouvelle fois, la question du prix du carburant constitue un blocage du dossier Madagascar au FMI. L’institution financière reporte ainsi le décaissement de 183 millions de dollars.

Un des émissaires qui étaient à Madagascar, en avril,  pour effectuer des revues des programmes FEC et FRD.

Bis repetita. Le dossier Madagascar a été retiré de l’ordre du jour du Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI), du 17 juillet. Un acte qui implique le report d’une prise de décision sur le décaissement d’une nouvelle aide budgétaire de l’ordre de 183 millions de dollars. 

Le Board de l’institution de Bretton Woods devait, en effet, examiner, le 17 juillet, le rapport des 3e et 4e revue de la Facilité élargie de crédit (FEC), et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), qui se sont déroulées en avril. À la clé, le décaissement d’une nouvelle tranche du financement inhérent à ces deux programmes. Ce point a finalement été retiré de l’ordre du jour des dossiers à étudier et «reporté», sans plus de précision.

La raison de cette décision de report serait l’initiative de l’État malgache de plafonner le prix du carburant dans le cadre de l’état d’urgence énergétique. Une décision que les autorités estiment nécessaire, pour atténuer le choc de la hausse du prix du pétrole sur le marché international en raison de la guerre au Moyen Orient. Le 17 juillet, soit le même jour que la réunion à Washington, le Conseil des ministres a décrété une nouvelle période d’état d’urgence énergétique. La réaction du Board du FMI était prévisible. 

Déjà, dans son communiqué de fin de mission, à l’issue des revues des programmes FEC et FRD, en avril, les émissaires du FMI avaient remis en cause l’état d’urgence énergétique décrété le 7 avril. «La mission a souligné l’importance de maintenir l’application d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants suite à la pause en cours, afin de limiter l’impact de la forte hausse des cours mondiaux du pétrole sur le budget et de dégager des ressources pour répondre aux vastes besoins de développement de Madagascar», rapporte la missive.

Enjeu

Le mécanisme d’ajustement automatique des prix prévoit que les prix à la pompe suivent les variations des prix du pétrole sur le marché international, et du taux de change. Le but étant de parvenir à la vérité des prix et ainsi en finir avec les subventions étatiques. Ce dispositif a toujours été le principal écueil dans les discussions entre l’État et les institutions de Bretton Woods. En décembre 2024, le FMI et la Banque mondiale ont déjà reporté le décaissement de leurs aides financières, en raison des différences de vue avec l’État sur ce point. 

Les anciens dirigeants ont finalement pu convaincre les deux institutions financières, en mettant en place un mécanisme d’ajustement automatique des prix, assorti d’une limite de 200 ariary pour la hausse et la baisse des prix. Outre les enjeux socio-économiques, appliquer la vérité des prix à la pompe revêt en effet un enjeu politique. 

Une hausse importante des prix du carburant risque d’engendrer une crise sociale qui peut se muer rapidement en une fronde politique contre le pouvoir. La crise énergétique qui a conduit à l’éviction de la précédente administration étatique, est encore dans les têtes. L’État ne peut cependant pas se permettre de se délester de ces 183 millions de dollars. Ils sont d’autant plus déjà pris en compte dans les prévisions budgétaires de la loi de finances rectificative. Le ministère de l’Économie et des Finances se veut toutefois rassurant. 

«La trésorerie publique est soutenable. Tous les voyants sont au vert», assure une source au sein du département, bien que le décaissement du FMI soit reporté. Elle ajoute, par ailleurs, que l’institution financière «n’est pas contre» l’initiative étatique, «elle a juste requis des informations supplémentaires» sur la manière dont l’État compte soutenir financièrement cette politique. «Nous y travaillons et le Conseil d’administration du FMI devrait examiner le dossier Madagascar dans les prochaines semaines», indique-t-elle.

Garry Fabrice Ranaivoson

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