Rendez-vous jésuite

Perkumpulan-alumni-kolese-jesuit : le XIème Congrès mondial des Anciens élèves des Jésuites se tient à Yogyakarta, en Indonésie. Le «dialogue inter-religieux» prend ici un sens très concret : un Congrès au sein d’une Université jésuite, mais qui a adopté un nom absolument hindou «Sanata Dharma», dans un pays majoritairement musulman.  

C’est que, l’Indonésie, avant d’être aujourd’hui le «pays musulman le plus peuplé au monde», fut doublement bouddhiste (Srivijaya) et hindoue (Mojopahit), en cette période (6e-16e siècles après J.-C) que les historiens appellent «classique». 

Et alors que les Chrétiens viennent de marquer les dix ans de l’assassinat en pleine messe du Père Jacques Hamel à Saint-Étienne de Rouvray par deux islamistes, et que ces mêmes fanatiques sèment une terreur barbare dans de nombreuses villes d’Europe, voilà l’Indonésie qui offre un contre-exemple de tolérance, d’ouverture et de pluralité. Ou de la possibilité, en 2026, d’un autre Islam qui ne soit pas grotesquement moyenâgeux. 

Aurait-on été chez les Talibans, Daech et Boko Haram, mais le temple hindou de Prambanan, construit au 9e siècle, serait déjà rasé. Et le sanctuaire de Borobudur, monumental temple bouddhiste, également bâti au 9ème siècle, aurait été bombardé à l’artillerie comme le fut le Bouddha géant de Bâmiyan (6e siècle) en Afghanistan.   

Pour en revenir au Congrès des Anciens des Jésuites, il est toujours question de «traduire les valeurs de la pédagogie ignatienne en actions concrètes» : «Magis», toujours faire davantage pour le plus grand bien. Pour vertueuses et remarquables que soient ces valeurs, les Anciens savent combien il est complexe et difficile, parfois impossible, voire dangereux, de porter une parole qui peut être dissonante dans un concert d’imprécations ignorantes et obtuses. Cela n’exonère en rien d’une attitude d’humilité dans le constat, et l’acceptation sans qu’elle soit résignation, d’un échec collectif, notamment en ce qui concerne l’éducation et la culture générale à l’usage et à la disposition du plus grand nombre, dont ferait bon usage l’opinion publique. 

Yogyakarta, la ville qui accueille le Wuja (World Union of Jesuit Alumni, 29 juillet au 2 août 2026), se trouve sur l’île de Java où vécut il y a 500.000 ans, le Pithécanthrope ou «homme de Java», hominidé découvert en 1891. Nettement plus jeune, «l’homme de Wajak», premier Homo sapiens de Java, marchait debout il y a 40.000 ans. 

Les Austronésiens, nos ancêtres des confins orientaux de l’Océan Indien, dont le périple maritime débuta, voilà 7000 ans, en Chine du Sud, vers Taïwan et les Philippines avant d’atteindre les nombreuses îles de l’archipel indonésien, furent les premiers grands navigateurs de l’histoire de l’humanité. De l’autre coté de l’Océan Indien, en une île, Madagascar, extrême limite occidentale de cette expansion austronésienne, plus précisément chez les Jésuites de Saint-Michel, la devise était «Miorim-paka, hanasoa olona» : ancré sur ton identité, tu serviras mieux l’humanité. 

Le 20 mai 1908, de jeunes aristocrates javanais d’éducation européenne créèrent le mouvement nationaliste Budi Utomo : le concept entendait éduquer les Javanais en alliant la science occidentale et la culture traditionnelle javanaise. Je ne sais s’il faut y voir une forme d’inculturation : «adaptation de la foi aux cultures locales en respectant leurs traditions propres». Interpellation qui n’aura épargné aucune société écartelée entre tradition (des siens) et modernité (d’autrui). 

«Miorim-paka, hanasoa olona» : à l’heure de la question existentielle de la remise en cause permanente, avons-nous été au rendez-vous ?

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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