Le premier vrai face-à-face entre les députés et le gouvernement Rajaonarison s’est tenu hier. La séance, qui a duré jusqu’au bout de la nuit, s’est rapidement muée en une rivière de doléances des parlementaires aux membres de l’équipe gouvernementale.
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| L'équipe gouvernementale écoutant les questions des membres de l’Assemblée nationale, hier. |
Un des piliers fondamentaux de la démocratie. C’est ainsi que Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, qualifie la séance de questions et de réponses entre les députés et le gouvernement, dans son discours d’ouverture des débats, hier.
Il s’agit du premier face-à-face entre les députés et l’équipe gouvernementale conduite par Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre. C’est également le seul de cette première session ordinaire qui s’achèvera ce jour. Le grand rituel démocratique annoncé par le patron de l’institution de Tsimbazaza a rapidement viré en une séance de doléances. Une pratique dont les députés ne parviennent pas à se défaire bien que la Refondation de la pratique politique soit martelée.
Selon l’article 102 de la Constitution, les séances de questions et réponses font partie « des moyens d’information du Parlement à l’égard de l’action gouvernementale ». Elle incarne le sommet du contrôle parlementaire sur l’action gouvernementale et revêt une triple dimension. Premièrement, il répond à une nécessité de contrôle où le pouvoir législatif demande des comptes à l’Exécutif. Deuxièmement, le face-à-face entre les députés et le gouvernement revêt un sens de transparence.
Le débat étant public, il permet aux citoyens de juger de la pertinence des politiques menées par l’Exécutif. Troisièmement, la finalité de l’exercice est de pousser le gouvernement à corriger ses trajectoires si besoin ou à clarifier la gestion des affaires publiques. En substance, Siteny Randrianasoloniaiko a rappelé la dimension du rendez-vous dans son allocution.
« Il ne s’agit pas d’une simple formalité, mais d’un des piliers fondamentaux de la démocratie. C’est ici que les députés expriment la voix du peuple. C’est ici que le gouvernement explique le travail accompli, les réalisations, les problèmes rencontrés et la vision qui reste à concrétiser», déclare le président de la Chambre basse. Pourtant, dès l’entame, il a lui-même transigé avec les règles des questions-réponses, en se faisant l’avocat des réalisations des actions gouvernementales.
Format de la séance
Dans la foulée, les échanges se sont rapidement éloignés des joutes de politique générale pour se transformer en un catalogue de doléances et de revendications locales. Le format de la séance a, d’autant plus, laissé aux députés la latitude nécessaire pour formuler leurs « demandes » au gouvernement. Il a été décidé que celle d’hier soit réservée aux prises de parole des parlementaires et que les ministres n’allaient répondre qu’aujourd’hui avant la cérémonie de clôture de la session.
À raison de cinq minutes de temps de parole chacun, durant plus de douze heures, la quasi-totalité des cent soixante-trois députés ont formulé une liste des doléances au profit de leurs districts respectifs. Plusieurs députés ont même souligné le fait que la retransmission de la séance en direct à la télévision publique TVM était l’occasion pour eux de montrer à leurs électeurs qu’ils portent bien leurs souhaits aux oreilles des membres du gouvernement.
L’accès à l’eau potable, des solutions face aux coupures de l’électricité, la réhabilitation de routes, les quotas de recrutement au sein de la fonction publique pour les enseignants et les paramédicaux ont été les principaux objets des doléances. Il y a aussi la construction d’infrastructures scolaires et de santé, ou encore la dotation d’aides sociales ou d’intrants agricoles. Certains ont demandé le rétablissement de l’accès à la TVM dans leur localité au motif de permettre à leurs électeurs de jouir des matchs de la Coupe du monde de football.
Néanmoins, certaines demandes d’ordre local ont une portée nationale, à l’instar des recherches de solutions face à la chute du prix du paddy, du riz et de la vanille. Au milieu de la rivière de doléances, quelques prises de parole ont rehaussé le niveau des interventions. La députée Gabrielle Raby Savatsarah a, par exemple, demandé au gouvernement de s’expliquer sur les raisons du faible engagement budgétaire des ministères.
L’intervention du député Narson Rafidimanana détonne également avec la vague de revendications. Il a requis du gouvernement qu’il explique sa stratégie pour améliorer la politique publique, en ces temps de Refondation, « de même pour l’amélioration du climat des affaires qui est un sujet brûlant actuellement », ajoute-t-il. L’élu d’Antanifotsy a également requis le plan d’action du gouvernement pour utiliser à bon escient le budget de l’éducation et de la santé publique, ainsi que sa stratégie pour la création d’emplois.
Comme le souligne le député Bruno Assimo, la tournure de la séance de questions et réponses illustre le fossé entre « les urgences vitales des districts » et les actions de l’État central.
« Je siège ici depuis sept ans. Je le reconnais, il est frustrant d’entendre 99,9 % des députés ne formuler que des doléances. Seulement, nous avons le sentiment que seul Antananarivo est considéré comme Madagascar », regrette-t-il, en dénonçant la non-effectivité de la décentralisation.
Garry Fabrice Ranaivoson
