CONJONCTURE SÉCURITAIRE - Les évêques demandent de l’action et de la transparence

La Conférence des évêques de Madagascar (CEM) sort de sa réserve. Dans un message adressé « à tous les citoyens sans exception », les prélats disent ne plus pouvoir se taire face à la vague de crimes qui frappe le pays.

Affirmant ne pas pouvoir se taire face à la conjoncture actuelle, les évêques adressent un message à la nation.

Un climat de terreur. C’est le terme utilisé par monseigneur Jean Pascal Andriantsoavina, vice-président de la Conférence des évêques de Madagascar (CEM), pour qualifier la conjoncture sécuritaire qui prévaut actuellement.

C’est par la voix de son vice-président que la Conférence épiscopale sort du silence. Le ton grave et le visage fermé, monseigneur Andriantsoavina fait part du message que les évêques adressent à l’ensemble des citoyens face à la recrudescence des cas de violences et d’homicides signalés ces derniers jours. « En cette période difficile, nous, évêques, ne pouvons rester indifférents face à la réalité douloureuse et aux cas d’homicides survenus ici et là, dont les auteurs restent inconnus », indique-t-il.

Le message des évêques sonne comme un appel à une prise de conscience quant à l’importance de préserver la vie. Mais la CEM appelle aussi à une prise de responsabilité quant à la protection des citoyens et à la recherche de ceux qui ont perpétré ces crimes. S’adressant aux responsables étatiques, monseigneur 

Andriantsoavina déclare alors : « À vous, dirigeants, nous reconnaissons les efforts que vous déployez face aux souffrances du peuple. Mais que les actions soient plus nombreuses que les paroles, au risque de laisser le mal prendre davantage d’ampleur. »

Des cas de disparition et de découverte de corps sans vie, depuis quelques jours, créent un certain climat de psychose. En réaction, les déclarations des autorités politiques se sont multipliées la semaine dernière, à commencer par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État. Sans ambages, le locataire d’Iavoloha relie ces cas de violence à une déstabilisation politique visant à fragiliser les institutions et à semer le chaos au sein de la société.

Transparence

Dans son message adressé à la nation, la Conférence épiscopale annonce également que « la situation que nous traversons suscite des interrogations. Qui tire profit de la voie que nous, Malgaches, sommes en train de suivre aujourd’hui ? ». 

Toutefois, les prélats soutiennent que la population, en particulier les plus vulnérables, est affectée par la situation actuelle. Raison pour laquelle ils en appellent à plus d’actions concrètes de la part des autorités étatiques. Une attente qui rejoint la déclaration faite par des entités civiles la semaine dernière.

Dans une déclaration publiée mercredi, la branche d’Antananarivo du Syndicat des enseignants-chercheurs et chercheurs-enseignants (Seces) demande aux autorités « de ne pas se contenter des déclarations sur les objectifs supposés des personnes qui seraient derrière ces faits (…) ». 

L’organisation syndicale ajoute que « la population attend du pouvoir en place, un pouvoir militaire qui plus est, qu’il éradique ces faits à la racine, et non pas qu’il se contente d’interpeller les petits poissons ».

Dans le message prononcé par son vice-président, hier, la Conférence des évêques de Madagascar requiert aussi des autorités de la transparence sur la conjoncture sécuritaire actuelle. « Qu’il y ait de la transparence sur les véritables causes de ce climat de terreur, afin que ces faits ne sombrent pas dans l’oubli comme cela arrive trop souvent », déclare ainsi monseigneur Andriantsoavina.

Bien que la thèse d’une machination politique soit affirmée par les tenants du pouvoir et qu’il soit martelé que l’enquête est en cours, rares sont les faits concrets partagés par les autorités sur le sujet. Outre étayer la thèse étatique, jouer la carte de la transparence pourrait aussi permettre de rassurer la population et d’apaiser la situation. En attendant que l’État lève le voile sur les zones d’ombre autour des crimes de ces derniers jours, la CEM envoie un message d’apaisement. 

« À vous, citoyens, ne vous laissez pas emporter ni pousser à ôter la vie, car la vie est précieuse. Soyons tous des défenseurs de la vie au sein de nos familles. En aucun cas, le meurtre d’enfants ou de personnes vulnérables ne peut être une solution face à la profonde pauvreté que nous traversons », affirment les prélats, en appelant à rester vigilants « face à ceux qui profitent du désordre ambiant pour semer la division et désorganiser la vie sociale ».

En lien avec la recrudescence de l’insécurité, les actes de vindicte populaire se multiplient également. Dans la plupart des cas, ils découlent de simples ouï-dire ou même de délits de faciès. Conscients, visiblement, que la situation risque d’engendrer une escalade de violence et une profonde désorganisation sociale, les évêques mettent en garde contre les dérives telles que les lynchages, les accusations sans preuve ou les velléités de règlement de comptes, qui risquent d’aggraver encore davantage la situation.

Garry Fabrice Ranaivoson

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