La promesse tenue des voitures d’époque

Au dernier rassemblement Mercedes-Benz, les modèles «vintage» furent bien plus présents et davantage plébiscités que leurs successeurs, d’ailleurs d’un âge déjà certain si on pense qu’un w211 peut approcher le quart de siècle pour les premiers exemplaires de 2002. 

Le générique «Old Dago» prend de l’ampleur avec la restauration méticuleuse, parfois maniaque, mais toujours passionnée, sur les Peugeot 504, les Renault 4, les Citroën 2CV, les VW Kombi, les Lada Niva, etc. C’est un écosystème de garage mécanique, de tôlerie-peinture, de capitonnage, de brocanterie locale et d’importations inespérées depuis les refabriquants «rétro-classiques». 

Avec des pièces d’importation prétendument «Made in Germany», et d’autres au rabais qui s’avouent sous licence, j’ai fait l’aller-retour Tana-Majunga avec l’une de mes w123 : c’était en juillet 2022, une époque où rien n’était épargné aux amortisseurs et silent-blocs. Sur les trois dernières années, j’ai effectué un «cruise» kamikaze par les sillons qui n’étaient plus des trous mais de vraies ornières et véritables fondrières, de la route de Tamatave. J’aurai également multiplié les voyages à vue dans la tempête de poussière de la route d’Antsirabe, cassé un amortisseur dans un traître nid-d’autruche, laissé sur le bas-côté d’autres usagers moins chanceux condamnés à changer des roues qu’abrasaient des cailloux qui risquaient également à tout moment de se projeter sur le pare-brise. 

Qu’est la vingtaine d’abominables kilomètres entre Soavinandriana et Ampefy, comparée à ce qui reste de la RIP 19 ? Là où ne rechignent jamais les 911, 1513, 1921, quelle voiture moderne électrique serait capable d’aller au-delà de Sadabe-Analaroa vers Ambatomanoina en saison des pluies ? 

Chez nous, ce sont plutôt des pistes pour Unimog que pour Classe G. On a tous vu ce petit film sur ce bien vieux «nez court» se tortiller, grincer, grogner, hésiter un moment mais progresser irrésistiblement sur son couple phénoménal. Le «Kurzhauber», nom de code L322, avait été présenté le 5 mars 1959. Cette famille de camions Mercedes-Benz, antiquités dont on ne compte plus les décennies de bons et loyaux services, ont pour elles la robustesse de leur rusticité, parfaitement au diapason d’un réseau routier moyenâgeux. 

Ils ont quel âge les Sprinter surélevés qui crapahutent depuis tant d’années sur la RN11a, route oubliée de la nomenclature nationale, entre Vatomandry et Mahanoro. Le cours soutenu des Toyota HJ et HDJ comme des Nissan Patrol Y60 et Y61, le retour en grâce des vieux Mitsubishi Pajero V44, l’engouement qui s’affirme pour les «basiques» Hyundai Terracan et Galloper, traduisent une réalité incontournable : pour les voyages au long-cours, de ceux qui pourraient transporter le million fantasmé de touristes aux quatre coins de Madagascar, les professionnels ne font confiance qu’à des modèles confirmés. 

Le parc automobile entre les hôtels et la «Nature cinq étoiles» ne ment pas : ici, rehausse et snorkel ne sont pas des accastillages de salon-auto. Acier robuste, pièces massives, mécanique à la résistance pachydermique : ce qui passe quand la route n’avance plus. Vieilleries rassurantes quand chaque escapade familiale peut virer au raid off-road. 

Cette mécanique éprouvée, sans chichis électroniques, permet la rencontre improbable entre l’ingéniosité de manufacturiers historiques et le génie du «système D» dans un village au bout du monde. S’échiner à ressusciter une antiquité, c’est parfois perpétuer une merveille d’ingénierie, espèce industrielle en voie de disparition.

Il y a 25, 30, 40 ans, les constructeurs automobiles fabriquaient encore des voitures faites pour durer. Collector, vintage, youngtimers, elles sont donc faites pour ça : et elles tiennent leur promesse de durer. 

Nasolo-valiavo Andriamihaja 

1 Commentaires

  1. Très jolie evocation de ces vaillants raiamandreny à 4 roues. J'adore l'image du camion Unimog qui grogne peste et se balance avant de passer malgré tout... Et on aurait pu parler des ateliers a ciel ouvert sous les manguiers de la côte Ouest, où de vénérables karana a longue barbe blanche soignent des land rovers aux engrenages éparpillés, sous le regard d'apprentis médusés....

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