Pluies précoces et vendanges prometteuses relancent la filière viticole. Cela, malgré des faiblesses logistiques qui menacent la qualité du vin.
![]() |
| Champ de vigne en terroir Antehiroka. |
Après une stagnation en 2024-2025 due aux aléas climatiques, les récoltes de vignes de cette année s’annoncent très prometteuses grâce à des pluies tombées assez tôt dans la saison. Les années précédentes, avec un niveau pluviométrique insuffisant, les vignes couvraient 2 699 hectares pour une production d’environ 78 000 hectolitres. Les vendanges, effectuées deux fois par an, seront donc plus généreuses cette saison.
Les précurseurs du vin malgache essaient de perdurer tant bien que mal : la coopération entre producteurs et l’apparition de nouvelles start-up, loin d’une « concurrence effective » sur un marché grandissant, constituent plutôt un renfort pour contribuer à l’amélioration d’une filière longtemps oubliée, offrant aux consommateurs un large éventail de choix. La Grande Île possède quelques vignes endémiques (Cissus), ce qui rend le vin malgache assez particulier. Principalement produit du terroir fianarois, il fait déjà la réputation et la fierté du pays, sans pour autant exceller à l’exportation.
Produit raffiné, il est très sollicité lors des grandes cérémonies festives : mariages, réceptions, déjeuners d’affaires. Les précurseurs restent les références de la filière, dont le légendaire « Lazan’ny Betsileo », aux côtés des nouveaux mastodontes du vin en bouteille, « Maroparasy » et « Maromby ».
D’après Laeticia Chan, directrice commerciale de Chan Foui et Fils : « Le vin malgache est souvent jugé à cause de sa qualité, qui n’est pas toujours au goût de tout le monde. Il y avait des Européens, mais aussi une grande congrégation d’ecclésiastiques, notamment des catholiques. Ils avaient besoin de vin de table et de vin de messe. C’est ainsi que la viticulture a été introduite ici. Mais son essor date des années 1970, avec la coopération suisse qui a enseigné la production de vin aux paysans de la Haute Matsiatra. Là se trouvaient essentiellement les vignobles des pères. C’était une culture de rente. Les paysans plantaient la vigne et récoltaient le raisin pour la cave “Lazan’ny Betsileo”, créée par la coopération suisse. »
Très satisfaisant
Pour le Vondrona Fampandrosoana ny Tantsaha Matsiatra Ambony (VFTM), une organisation paysanne multifilière de la Haute Matsiatra, les producteurs affiliés restent très enclavés. Ils sont engagés dans des relations contractuelles peu avantageuses et cherchent à mieux maîtriser les débouchés de leur raisin. À la suite d’une mise en relation par la Viti de Beaune de l’Afdi avec Guy Cinquin, viticulteur à Mercurey, en Saône-et-Loire, un projet d’appui est à l’étude.
Lors de son passage, Guy Cinquin dit avoir été marqué par « la qualité intrinsèque du raisin dans plusieurs zones ». Il souligne aussi que les cépages utilisés, devenus rares en France, s’adaptent bien aux conditions locales. L’état sanitaire des vignes lui a également semblé très satisfaisant, souvent sans recours à des traitements phytosanitaires.
Mais la filière reste pénalisée par certaines pratiques. Selon lui, les rendements plus faibles ont poussé certaines caves à collecter le raisin trop tôt pour sécuriser leur approvisionnement. Cette collecte précoce a entraîné des vendanges immatures.
Le problème se pose aussi après la cueillette. Les délais entre la récolte et l’encuvage restent trop longs. Les raisins sont, en outre, insuffisamment protégés contre les fortes températures et les risques d’acidité volatile. Ces faiblesses altèrent la vendange et réduisent le potentiel de vinification.
« Ce point est crucial si l’on souhaite valoriser la production locale avec plus d’exigence et viser une montée en gamme », estime Guy Cinquin.
Le vin reste l’un des piliers de l’économie de la Haute Matsiatra, derrière la riziculture, généralement destinée à l’autoconsommation. La production de vin artisanal se développe même en dehors de cette zone traditionnelle. À Antanetibe Antehiroka, le vin rosé des sœurs de la congrégation « Zanakavavy ny Masina Maria » est très sollicité pour les mariages, les fêtes de famille et les autres célébrations. À 12 000 ariary le litre, il est sans doute le seul produit viticole du terroir Antehiroka-Talatamaty. La filière viticole malgache avance à pas mesurés.
Hasina Giovanni
