URBANISATION - Les constructions illicites prolifèrent

La capitale grandit rapidement et de façon anarchique. Un forum national urbain qui se tiendra au Village Voara demain et jusqu’à vendredi, se penchera sur la question.

Ruffin Sambany, secrétaire général du ministère de l’Aménagement du Territoire et des Services fonciers et Felana Olisoa, directeur général de l’Aménagement du territoire.

Les quartiers précaires prolifèrent dans la Commune urbaine d’Antananarivo. La capitale grandit à toute vitesse, mais de façon totalement anarchique, sans respect du plan d’urbanisme. Les constructions illicites y poussent comme des champignons. « Nous n’avons pas de statistiques, mais les images satellites de l’évolution des villes parlent d’elles-mêmes », note Ruffin Sambany, secrétaire général du ministère de l’Aménagement du territoire et des services fonciers, hier, dans le cadre de l’annonce de la 4e édition du Forum national urbain qui se tiendra au Village Voara à Andohatapenaka, les 11 et 12 juin.

Certains fokontany dénoncent même de nouvelles constructions munies d’un permis, mais qui auraient contourné les procédures réglementaires. « Une maison a carrément été bâtie sur une bouche d’incendie ! Nous ne nous en sommes rendu compte qu’une fois le chantier terminé. Si le fokontany avait été consulté en amont et si les règles avaient été respectées, une telle aberration ne se serait jamais produite», déplore un responsable local aux 67 Ha. Ce cas n’est pas isolé.

Des bâtiments sont érigés sur les canaux d’évacuation, tandis que d’autres font fi des plans d’alignement et s’érigent sur les trottoirs. Ces empiétements finissent par bloquer l’accès aux secours, paralysant toute intervention des sapeurs-pompiers en cas d’incendie. Les espaces verts, indispensables à l’équilibre et à la survie d’un quartier, n’existent plus dans la plupart des fokontany. « L’endroit où nous avions l’habitude de jouer lorsque nous étions petits s’est transformé en une maison», regrette un habitant de 67 Ha.

Promiscuité

Plus aberrant encore, certains propriétaires n’hésitent pas à emprisonner des poteaux électriques au cœur même de leurs bâtiments. Cette anarchie favorise les inondations, accélère la propagation des incendies et engendre une promiscuité étouffante. À terme, elle façonne un cadre de vie délétère qui nuit gravement au bien-être des habitants. « Nous construisons des logements et non des habitats », insiste Ruffin Sambany.

Ce forum intervient dans un contexte marqué par l’urgence de répondre aux aspirations citoyennes, notamment celles des jeunes, d’une part, et par la nécessité de structurer sur le long terme les réformes du secteur face à une urbanisation rapide, aux défis croissants liés à l’accès aux services essentiels, aux effets du changement climatique et à la gouvernance des villes.

Aucun permis de remblais délivré

Tous les travaux de remblayage actuellement en cours sont illégaux. Le ministère de l’Aménagement du territoire et des services fonciers a indiqué n’avoir délivré aucune autorisation à ce jour. « Des demandes ont été reçues, mais aucune n’a encore été traitée. Nous attendons toujours la publication de l’arrêté d’application. Dès qu’il sera disponible, le cadre réglementaire sera complet, ce qui nous permettra d’instruire les dossiers des usagers en toute légalité », a précisé hier Felana Olisoa, directeur général de l’Aménagement du territoire. Face à cette situation, les contrevenants s’exposent à de lourdes sanctions : mise en fourrière des véhicules, obligation de remise en état des sites et fortes amendes. Pour l’heure, l’Autorité de protection contre les inondations de la plaine d’Antananarivo (APIPA) n’a enregistré que moins d’une dizaine de demandes de remblayage.   

Miangaly Ralitera 

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