Face à l’effondrement du prix du paddy dans l’Alaotra-Mangoro, des cultivateurs se tournent vers la fabrication de rhum artisanal. Une reconversion dictée par l’urgence économique.
| Une distillerie artisanale installée très loin du regard des passants pour produire de l’alcool artisanal. |
Par nécessité. L’effondrement du prix du paddy bouleverse l’économie des ménages agricoles dans la région Alaotra-Mangoro. Vendu actuellement entre 900 et 1 100 ariary le kilo, le riz ne permet plus à de nombreux producteurs de couvrir leurs charges ni de rembourser les crédits contractés auprès des institutions de microfinance. Dans plusieurs communes rurales, certains cultivateurs ont ainsi choisi une voie inattendue : la fabrication de rhum artisanal (très prisé des amateurs) pour assurer la survie de leurs familles.
Dans la commune rurale de Manakambahiny Ouest, trois pères de famille ont uni leurs moyens pour lancer cette activité. Tous ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, craignant d’éventuelles représailles malgré l’évolution de la réglementation sur la commercialisation de l’alcool artisanal.
« Je dois rembourser plus de trois millions d’ariary à une banque avant la fin du mois de juillet. Avec le prix actuel du paddy, je devrais vendre plus de trois tonnes de riz, alors que ma récolte n’atteint même pas ce volume. Je n’avais plus d’autre choix que de fabriquer du rhum artisanal », confie Rakoto, nom d’emprunt.
Son compagnon d’infortune, Rakotozanany, évoque lui aussi une décision prise par nécessité. « Nous produisons environ 50 litres par semaine. Le litre est vendu entre 4 000 et 8 000 ariary selon la qualité, ce qui représente près de 200 000 à 400 000 ariary de recettes hebdomadaires. Ce n’est pas un luxe, mais c’est ce qui nous permet de continuer à vivre. »
Une diversification imposée par la crise
Pour ces agriculteurs, cette reconversion n’est pas un abandon de la riziculture, mais une stratégie de survie. Ramarokoto explique que les banques continuent d’exiger le remboursement total des prêts, sans tenir compte de la chute du marché. « Nous sommes obligés de vendre davantage de riz pour rembourser nos dettes. Mais si nous vendons toute notre récolte, que restera-t-il pour nourrir nos familles jusqu’à la prochaine saison ? »
La fabrication du rhum artisanal repose sur des moyens rudimentaires. Les producteurs utilisent de 250 à 400 kilogrammes de canne à sucre, une grande barrique transformée en alambic et d’importantes quantités de bois de chauffe pour assurer la distillation. Une activité exigeante, mais devenue plus rentable que la vente du paddy dans le contexte actuel.
Cette situation illustre la fragilité de la principale région rizicole de Madagascar. Lorsque le prix du paddy s’effondre, ce sont plusieurs milliers de familles qui voient leur équilibre financier vaciller. En attendant une amélioration du marché ou des mesures de soutien de l’État, certains producteurs n’ont d’autre alternative que de diversifier leurs revenus, quitte à emprunter des chemins qu’ils n’auraient jamais imaginés quelques mois auparavant.
Donné Raherinjatovo