ANTSIRANANA - Helena entame une nouvelle vie

À seulement 16 ans, Helena a vu sa vie basculer en quelques secondes, en 2024. Un accident brutal, une jambe broyée, une décision médicale impossible à accepter, puis des mois de souffrance, de silence et d’incertitude. Aujourd’hui, cette jeune fille d’Antsiranana ose de nouveau croire qu’un jour, elle pourra remarcher.

La plaie s’est agravée et Helena et sa mère décident de  revenir à la Polyclinique Next.

Le 15 mai dernier, Helena a subi une seconde intervention chirurgicale à la Polyclinique Next. L’opération s’est déroulée avec succès. Après quatre jours d’hospitalisation, elle a pu regagner son domicile. Une nouvelle étape commence alors : celle de la cicatrisation, de la rééducation et de l’attente.

Selon les explications médicales, Helena devra suivre un processus d’environ 1 an avant de pouvoir bénéficier d’une prothèse adaptée. Ce parcours s’annonce long, exigeant et parfois éprouvant. Toutefois, cette étape est porteuse d’espoir, celui de retrouver progressivement son autonomie et, un jour, de pouvoir se tenir de nouveau sur ses deux jambes.

Historique

Le 9 août 2024 restera à jamais gravé dans la mémoire d’Helena et de sa famille. Ce jour-là, tout près de son domicile, la jeune fille est violemment percutée par un véhicule 4x4. Son corps est projeté dans la douleur. Sa jambe gauche, gravement atteinte, porte immédiatement les traces d’un choc d’une extrême violence.

Transportée en urgence à la Polyclinique Next d’Antsiranana, Helena est prise en charge par les médecins. Le diagnostic est lourd : multiples fractures graves au niveau de la jambe gauche. Face à l’état de son membre, l’équipe médicale recommande une amputation. Une décision terrible, mais nécessaire, selon les médecins, pour sauver sa vie et éviter de graves complications.

Mais comment accepter, en quelques heures, qu’une enfant de 16 ans perde une partie de son corps ? Pour ses parents, cette décision est insoutenable. Helena étant encore mineure, leur autorisation est indispensable. Bouleversés, démunis et espérant encore un miracle, ils refusent l’intervention.

Selon les informations disponibles, les conducteurs du véhicule impliqué dans l’accident, qui auraient expliqué l’impact par une défaillance des freins, ont eux-mêmes transporté la victime à l’hôpital. Mais après la décision de la famille de recourir à un traitement traditionnel, ils se seraient progressivement retirés, laissant la responsabilité de la prise en charge aux proches de la victime.

La famille choisit alors de se tourner vers des soins traditionnels. Pendant plus de dix jours, Helena suit des traitements auprès d’un tradipraticien, connu dans le dialecte sous le nom d’« Antefagnaigny », non loin de la ville. 

Période douloureuse

Dans le cœur de ses proches, il y a encore l’espoir d’éviter l’irréversible. Mais pendant que l’espoir s’accroche, la maladie avance, les plaies s’aggravent, les infections apparaissent et la jambe se détériore. Le danger devient chaque jour plus menaçant.

« Mes plaies étaient devenues toutes noires et dégageaient une odeur nauséabonde. On est finalement revenus à l’hôpital pour continuer les traitements », raconte-t-elle.

Lorsque la famille décide enfin de rejoindre un hôpital public de la ville, les médecins confirment la gravité de la situation. Il n’y a plus d’autre option. Pour sauver Helena, l’amputation s’impose. Cette fois, les parents acceptent l’intervention. La jambe gauche de la jeune fille est amputée.

Helena survit, mais une autre souffrance commence. Elle quitte l’hôpital avec une partie d’elle-même en moins. Les plaies cicatrisent, mais la blessure intérieure reste immense. À l’âge où beaucoup de jeunes rêvent d’avenir, d’études, de travail et de liberté, elle doit apprendre à vivre avec des béquilles, avec le regard des autres, avec la lenteur imposée par son corps.

« Les médecins m’ont soignée mais je suis sortie amputée de la jambe gauche. À ce moment-là, nous avions dépensé plus de 3 millions d’ariary », confie-t-elle.

Pendant près de 2 ans, sa vie devient un combat quotidien. Se lever, marcher, se déplacer, sortir de la maison: chaque geste simple devient une épreuve. Mais le plus douloureux n’est pas seulement physique. C’est aussi l’avenir qui semble s’éloigner. Car avec le temps, son genou se bloque, rendant impossible le port d’une prothèse adaptée. Même après l’amputation, Helena reste donc prisonnière d’une mobilité très limitée.

Pour une jeune fille amputée, une prothèse représente plus qu’un appareil médical. C’est la possibilité de se tenir debout, de marcher, de travailler, de retrouver une vie sociale. Mais pour Helena, cette possibilité semblait encore inaccessible.

Une nouvelle porte

Au début du mois de mai 2026, une nouvelle opportunité se présente. Le Dr Thomas Vasters, traumatologue allemand, arrive à la Polyclinique Next d’Antsiranana. Informées de sa présence, Helena et sa mère décident de consulter. Elles ne viennent pas chercher un miracle, mais une possibilité.

Après les examens médicaux, le constat est clair : le blocage du genou empêche l’appareillage. Pour permettre à Helena de porter un jour une prothèse adaptée, une nouvelle intervention chirurgicale est nécessaire. Mais cette opération implique une décision particulièrement difficile : pratiquer une amputation plus haute, au-dessus du genou.

Pour Helena et sa mère, c’est un nouveau choc. Accepter une seconde amputation, c’est revivre la peur, l’hôpital, la douleur et l’angoisse. Mais c’est aussi ouvrir la voie à une reconstruction possible.

 « C’est grâce aux conseils de nos amis et de nos voisins, qui nous ont expliqué qu’elle pourrait remarcher avec une prothèse, que nous avons décidé de venir ici pour cette nouvelle opération. Je ne cherche que le bien-être de ma fille. Je ne suis jamais allée à l’école, je ne connais pas grand-chose, alors je fais entièrement confiance aux médecins », confie la mère d’Helena.

Ces mots résument toute la détresse d’une mère. Une femme qui n’a pas toutes les connaissances médicales, mais qui porte une seule certitude : elle veut sauver l’avenir de sa fille.

Renaissance

Derrière cette perspective de renaissance, se trouve l’engagement d’une équipe médicale mobilisée. Une autre figure a également joué un rôle déterminant : le Dr Luigi Bellini, président fondateur de la Polyclinique Next d’Antsiranana.

Depuis plus de 20 ans, il vient en aide aux personnes les plus pauvres, les plus démunies et les plus marginalisées de la région. Dans le cas d’Helena, il a décidé de prendre entièrement et gratuitement en charge les frais liés à l’intervention chirurgicale ainsi que les traitements médicaux nécessaires jusqu’à sa guérison complète.

Ce geste change profondément la situation. Pour une famille déjà éprouvée par les dépenses, la peur et les années de souffrance, cette prise en charge dépasse largement le cadre financier: elle devient une véritable ouverture lorsque l’avenir semblait se refermer.

Aujourd’hui, Helena n’est pas encore arrivée au terme de son parcours. Elle doit cicatriser, suivre une rééducation, patienter et réapprendre à vivre avec un corps transformé. Mais une évolution essentielle s’est produite : elle n’est plus enfermée dans l’idée que sa vie s’est arrêtée le jour de l’accident.

Grâce à cette solidarité médicale et humaine, Helena peut de nouveau rêver. Elle peut espérer remarcher, gagner en autonomie, envisager un métier et construire une vie qui ne se résume pas à son amputation, mais qui s’appuie aussi sur son courage et sa résilience. Pour Helena, le chemin reste long, mais désormais, il y a une lumière.

Raheriniaina

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