Le procès de l’accident d’Ambohitrimanjaka s’est ouvert hier devant le tribunal correctionnel d’Anosy. La vidéo enregistrée par la caméra du poids lourd impliqué a été visionnée à l’audience.
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| Le 4x4 des victimes complètement broyé. |
Le drame avait bouleversé l’opinion. Le procès de l’accident qui a coûté la vie à Nomena Andriamboavonjy, à son épouse Tahina Ambinintsoa Ramiliarisona et à leur fils, Rohiel Tojonirina Elie Andriamboavonjy, s’est tenu hier dans la salle 3 du palais de justice d’Anosy. Seul Faliel Fenosoa Enok Andriamboavonjy, frère jumeau du garçon décédé, a survécu à la collision.
Au cœur des débats, une vidéo captée par la caméra embarquée du camion impliqué dans l’accident. L’enregistrement, conservé dans l’ordinateur portable d’un représentant de la société propriétaire du poids lourd, a été examiné par la juge, les avocats et le procureur. Selon les éléments visionnés à l’audience, le 4x4 Kia Sorento dans lequel se trouvaient les victimes suivait trois véhicules avant de se déporter brusquement sur la trajectoire du camion arrivant en sens inverse.
L’accident s’est produit le samedi 4 avril, veille de Pâques, en fin d’après-midi, alors que la famille circulait d’Andranotapahana vers Ambohitrimanjaka.
À la barre, le chauffeur du camion, âgé d’une cinquantaine d’années, a nié toute responsabilité pénale. « Je roulais sur ma voie à 45 km/h quand, soudain, le 4x4 a dévié et m’a percuté de face. J’ai freiné, mais je ne pouvais plus l’éviter. Il arrivait à vive allure. Après le choc, le 4x4 a été projeté sur sa voie normale. J’étais traumatisé, figé. Des témoins ont évacué les victimes vers l’hôpital ; moi, je suis resté sur les lieux », a-t-il déclaré.
Le prévenu a précisé que les deux véhicules avaient été endommagés, notamment l’avant de son camion. Interrogé sur une éventuelle consommation d’alcool, il a répondu catégoriquement : « Non. »
La question de la responsabilité
La mère de la défunte, la pasteure Nirina Hanitriniaina Ravelosoa, et la sœur du défunt, Valisoa Minoarivony Andriamboavonjy, étaient présentes à l’audience. La présidente a cherché à comprendre les circonstances de l’embardée du 4x4. « Le conducteur n’avait-il pas bu ou passé des nuits blanches ? », a-t-elle demandé. Les deux femmes ont écarté cette hypothèse : « Il ne buvait pas d’alcool, à notre connaissance. »
La magistrate a également interrogé les plaignantes sur l’attitude du chauffeur et de son employeur après l’accident. « Le chauffeur du camion était-il présent lors des soins ou des funérailles ? » Réponse des deux femmes : « Non. » La pasteure a indiqué que la société avait versé une première contribution de 200 000 ariary, puis une autre d’un million d’ariary. « Je ne suis pas satisfaite de cette contribution », a-t-elle déclaré.
Valisoa Minoarivony Andriamboavonjy a livré un témoignage personnel sur les conséquences du drame. « Il ne reste plus que moi dans ma famille. Mon frère et moi étions orphelins, et l’accident l’a emporté. Je m’occupe seule de mon neveu rescapé. Je suis vulnérable à cause de ma maladie cardiaque. Mon frère m’aidait dans mon travail. Je ne demande que trois millions d’ariary symboliques en dommages et intérêts », a-t-elle déclaré.
La pasteure Nirina Hanitriniaina Ravelosoa, par l’intermédiaire de son avocat, réclame pour sa part 80 millions d’ariary. Son conseil a plaidé une responsabilité partagée : « Nous admettons 30 % de responsabilité, mais les 70 % vous reviennent. Quand un chauffeur voit un danger, il doit ralentir, freiner, éviter. Or, je ne vois aucune trace de freinage sur le croquis de l’accident. La question est : ces trois personnes seraient-elles mortes si vous aviez fait ce qu’il fallait ? »
Le procureur a requis l’application de la loi. La défense a, elle, insisté sur la vidéo versée aux débats. « C’est clair comme de l’eau de roche. Désolé, devant cette tragédie, nous nous inclinons, mais c’était la faute exclusive de la victime », a soutenu l’avocat du prévenu.
L’avocat de la compagnie d’assurances a abondé dans le même sens, estimant que « le tribunal doit se déclarer incompétent sur les dommages et intérêts ».
L’affaire a été mise en délibéré. La juge a fixé la décision au 1er juin, à 8 h 30, dans la même salle.
Gustave Mparany
