Les exportations de café de Madagascar connaissent un effondrement historique. Selon le tableau de bord économique d’avril 2026 de l’Institut national de la statistique, elles n’ont atteint que 852 tonnes au premier trimestre.
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| Le café malgache peut encore reconquérir le marché international. |
Le déclin du café malgache constitue une alerte majeure pour une filière autrefois stratégique. La crise actuelle s’explique par plusieurs facteurs structurels. Le vieillissement des caféiers réduit fortement les rendements, tandis que les producteurs manquent d’appui technique et d’accès à des pépinières modernes. Pourtant, Madagascar a longtemps été un acteur important du secteur. Dès 1913, l’île exportait 65 tonnes de café et, pendant les Trente Glorieuses, celui-ci constituait le premier produit d’exportation du pays, avant d’être dépassé par la vanille et les produits halieutiques. Avec la diversification des variétés — excelsa, kouilou et robusta —, la production avait atteint 47 767 tonnes en 1998, avant de chuter à 495 tonnes en 2020.
Face à cette situation critique, l’État malgache a appelé à la relance de la filière lors du Sommet régional sur la production de café en Afrique, tenu les 5 et 6 mai 2026 à Marrakech. Organisé par African Coffee Hub, en partenariat avec la Banque islamique de développement et l’Organisation de la coopération islamique, l’événement avait pour thème: « Construire des chaînes de valeur compétitives et inclusives en Afrique: vers un programme régional d’investissement s’appuyant sur l’ACH-Tanger Med ». L’accent a été mis sur la nécessité d’un soutien direct aux producteurs, notamment par le développement des pépinières et la diffusion des bonnes pratiques agricoles, afin de reconquérir progressivement les marchés internationaux.
Opportunité
Le sommet a réuni des représentants et opérateurs économiques de Côte d’Ivoire, du Bénin, de Guinée, du Nigeria, de l’Ouganda, de Sierra Leone, du Togo et de Madagascar. Pour la Grande Île, c’est une opportunité de moderniser une filière longtemps négligée et d’attirer des partenaires techniques et financiers. Les experts soulignent qu’un redressement durable nécessitera des investissements, la formation des producteurs et des infrastructures modernes.
Alors que la campagne de production s’annonce dans les semaines à venir, l’avenir du café malgache dépendra de la capacité du pays à soutenir ses producteurs et à moderniser ses plantations. Le café, patrimoine économique et culturel, pourrait ainsi retrouver sa place sur le marché mondial et préserver un héritage qui traverse les générations.
Concernant le marché intérieur, le prix actuel du kilogramme tourne autour de 23 000 ariary sur le marché de Nosy Be et atteint les 30 000 ariary en fin d’année. «Le café évolue de la condition de grand produit agricole spéculatif de type ordinaire à celle de produit de faible prix à la production, c’est-à-dire de produit du tiers-monde», explique l’historien Jean Fremigacci.
Hasina Giovanni
