Que reste-t-il du 1er mai, si ce n’est une poignée de syndicalistes ? La Fête du Travail est pourtant issue d’une contestation sociale de l’ordre établi. À Chicago, les travailleurs sont descendus dans les rues pour réclamer un traitement plus «humain», à l’heure où la machine industrielle s’imposait dans nos modes de vie.
Résultat des courses : une journée de travail de huit heures, plus une journée chômée et payée pour les travailleurs du monde entier.
La Grande Île a connu ses générations de travailleurs et ses syndicats puissants. Les grands partis galvanisaient la foule et l’opinion publique. Aujourd’hui, les manifestations syndicales pour marquer le 1er mai ne regroupent qu’une dizaine de personnes. Une centaine, à tout casser.
Pour la petite histoire, les premières manifestations syndicales à Antananarivo se sont déroulées en 1936. À l’époque, les employés de la Société Industrielle et Commerciale de l’Emyrne (SICE) réclamaient une augmentation de salaire. Un an plus tard, l’administration coloniale accédait à une partie de leur demande, poussée par les revendications des confédérations de travailleurs étrangers (notamment la CGT en France ainsi que le Parti socialiste).
Les soixante-dix années qui suivirent furent une succession de luttes pour l’équité en milieu professionnel.
Maintenant que les métiers ayant moins de valeur ajoutée dans la production (les «Bullshit Jobs») sont parfois mieux rémunérés que des travaux corsés comme l’agriculture ou l’artisanat, l’équité dans le monde du travail devient une question centrale.
Les syndicalistes ont réclamé récemment de porter, au minimum, le salaire à l’embauche à 360 000 ariary. Cette revendication reste sans suite du côté du patronat et des responsables gouvernementaux, alors qu’indexée sur l’inflation, cette somme paraît dérisoire pour couvrir les dépenses d’une famille en un seul mois.
Oui, de grandes industries et entreprises continuent de payer moins que cela à leurs employés, mais personne ne bouge le petit doigt pour protester. Pourquoi ?
Parce qu’on est trop occupé à produire pour le bien de l’économie nationale et pour exporter vers des pays dont les mesures préférentielles aux frontières permettent à une frange de l’élite locale de se remplir les poches. De grandes firmes étrangères veulent s’implanter dans le textile puisque la main-d’œuvre coûte moins cher, alors que la qualité n’a rien à envier à ce qui se fait ailleurs.
L’économie nationale ne pourra décoller qu’avec une main-d’œuvre qualifiée et motivée. Les retombées des investissements ne se feront ressentir que dans une dizaine d’années, mais le jeu en vaudrait peut-être la chandelle. Cependant, si les choses étaient si simples, on imaginerait bien que ces problèmes auraient dû être résolus depuis au moins trente ans. Personnellement, je pense que c’est une question de volonté. Mais je conçois que les charges des employeurs soient aussi une variable incontournable dans cette équation.
Itamara Otton