Des tuyaux de conduite d’eau explosent un peu partout dans la capitale. Avec la mise en service des nouvelles cuves de Mandroseza, la pression a visiblement augmenté. Mais ce n’est pas la seule explication. Les tuyaux sont manifestement de mauvaise qualité et trop petits pour pouvoir résister à la pression. Pourtant, la Jirama avait procédé au remplacement de 90 km de tuyaux en 2020 et, pas plus tard que l’année dernière, un appel d’offres a été lancé pour le remplacement de 64 kilomètres de conduite d’eau dans le cadre du projet PAEEP-Jirama. Les travaux seraient terminés si tout allait bien. Comme le représentant de la Banque mondiale l’a souligné lors de la célébration des 50 ans de la Jirama, « produire de l’eau est une chose, l’amener dans les robinets en est une autre ». La situation lui donne raison, étant donné que, visiblement, on a tout simplement mis de mauvaises conduites.
Et c’est cette petitesse qui a causé la perte de la Jirama, en plus des détournements de fonds, des vols, de la corruption, sans oublier la collusion avec les partenaires. Durant des années, la Jirama a dû payer plus qu’il ne fallait ses fournisseurs. Sa dette atteint aujourd’hui un niveau colossal, si bien que le redressement semble plus que compliqué. Le plan de redressement de la Banque mondiale aurait été abandonné après le limogeage du directeur général israélien Ron Weiss, en janvier, à la suite d’une grève du personnel réclamant son départ. Nommé en mai 2024, il aura passé vingt mois à la tête de la Jirama sans réussir à assainir la situation. Il faut dire que sa mission a été semée d’embûches, avec l’ingérence de la politique dans les décisions et la crainte d’une explosion sociale. Le plan de redressement n’a jamais pu être mené convenablement. Il n’a pas trouvé le soutien de l’administration, contrairement au Rwanda où il a pu rétablir une situation chaotique.
Maintenant, il appartient au nouveau directeur général, le général de division Andriamalala Hajatiana Richard Rasolomanana, de réussir là où son prédécesseur a échoué. Ce qui n’est pas une mince affaire. Le retour de l’eau n’est que la partie émergée de l’iceberg. La mauvaise conduite ne concerne pas seulement les tuyaux. Conscient de certaines anomalies, le Conseil des ministres a décidé de rendre à la Jirama la fabrication des poteaux en béton, alors qu’auparavant un opérateur privé a fait fortune dans cette entreprise. Et ce n’est pas tout, puisque d’autres équipements sont l’apanage d’un fournisseur. Tout cela doit être revu et suspendu. Et, aussi curieux que cela puisse paraître, à moins qu’il ne s’agisse juste d’une heureuse coïncidence, la Jirama n’a jamais connu autant d’explosions de transformateurs, de vols de câbles et de destructions de pylônes que ces dernières années. On espère qu’avec un général aux commandes, toutes les consignes seront des ordres et qu’une discipline martiale sera instaurée. C’est la poigne et l’autorité que n’avait pas le natif d’Israël. En tout cas, l’heure n’est plus aux lamentations, mais aux résultats.
Sylvain Ranjalahy