BAKO ET VOLA RATSIFANDRIHAMANANA - « Avoir le niveau mondial au pays reste difficile »

Les sœurs nageuses, icônes de la Grande Île, Bako et Vola Ratsifandrihamanana donnent leurs points de vue sur la situation de la natation malgache actuelle, comparée à celle de leur époque. En vacances, Vola est de passage au pays.

Bako et Vola Ratsifandrihamanana, icônes de la natation malgache.

Comment expliquez-vous le décalage énorme de presque 40 ans pour battre vos records ?

Le podium continental est aujourd’hui d’un très haut niveau. Depuis la fin de l’apartheid, les Sud-Africains peuvent participer aux compétitions, tandis que les infrastructures des pays maghrébins et de l’Afrique du Sud favorisent les performances des nageurs : piscines chauffées, équipements présents dans chaque ville et culture sportive inculquée dès le plus jeune âge. Madagascar accuse un retard d’un siècle en natation de compétition, avec des infrastructures encore très rudimentaires, voire inexistantes dans plusieurs régions. L’encadrement familial explique aussi notre réussite. Comme on le dit souvent, l’eau, c’est toute notre vie ; Ambila est notre jardin. Près de quarante ans plus tard, les nageurs n’ont pas la même détermination qu’Océane, qui se prépare depuis longtemps. Lorsqu’elle a annoncé, avant ces championnats, dans une publication sur Facebook, son intention de battre ce vieux record du 200 m quatre nages, elle a montré une détermination qui compte beaucoup dans la réalisation d’un objectif.

Quels conseils donneriez-vous pour améliorer encore les meilleurs chronos nationaux ?

Il existe une corrélation entre la bonne santé économique d’un pays et les résultats d’ensemble en natation, discipline dominée par la Chine, les États-Unis, la France et l’Australie. Dans ces pays, les nageurs sont pris en charge par l’État. Nos champions de haut niveau évoluent, pour la plupart, à Dubaï, en Russie, en Thaïlande, etc. Il est très difficile d’espérer atteindre le niveau mondial des Sud-Africains en restant au pays.

Quels étaient vos atouts et vos failles à l’époque, comparés à ceux des nageurs actuels ?

Nous étions très douées pour le sport. Je courais le 100 m en 13 secondes en athlétisme, ce qui me valait 20/20 au barème du bac. J’ai également réalisé 5,50 m au saut en longueur, tout près du record, et obtenu encore 20/20 au bac. Vola, dès sa première année de natation de compétition, a décroché un titre de championne de Madagascar et une médaille d’argent aux Jeux des îles, la même année, en 1985. Derrière ces résultats, il y avait du travail, du sérieux et une très bonne ambiance à l’entraînement, mais aussi la chance d’avoir bénéficié d’une bourse du British Council pour Vola et de la Coopération française pour moi. Nous avons toutes les deux participé aux Jeux olympiques : à Moscou pour moi et à Barcelone pour Vola. À l’époque, les failles étaient nombreuses : il n’y avait pas de piscine chauffée, parfois même pas de piscine du tout pendant les regroupements, et très peu de sorties internationales. En revanche, l’État prenait en charge tous nos déplacements à l’étranger, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Pourquoi n’arrivons-nous pas à dominer les nageurs des îles voisines ?

Les pays anglophones disposent d’un système scolaire qui favorise de bonnes conditions d’entraînement : sortie des classes à 15 heures, piscines chauffées et entraîneurs de niveau international. Leur organisation fédérale est comparable à celle de la France et des pays du Commonwealth. On peut citer Guillaume Bachmann, entraîneur de la grande championne seychelloise, qui avait remporté le 100 m nage libre aux Jeux des îles de l’océan Indien en 1985, tandis que je m’imposais sur le 100 m nage libre dames.

 Serge Rasanda

1 Commentaires

  1. Tout est dit. Alors on fait quoi pour toutes les disciplines olympiques, en particulier les sports individuels où le potentiel de notre jeunesse est énorme. Vraiment dommage !!!

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