Le harcèlement scolaire gagne de plus en plus de terrain. Plusieurs parents d’élèves victimes en témoignent et alertent sur la gravité de la situation.
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| Des élèves d’une école primaire. |
Des actes qui vont trop loin. Malala, mère d’une élève de classe de 5e dans un établissement scolaire privé à Antananarivo, signale une tentative de suicide que sa fille a failli commettre dans son école. « Elle a pointé des ciseaux sur sa gorge, tout en criant à ses camarades de classe : “C’est ma mort que vous souhaitez ?” Ses camarades ont crié en voyant cet acte, puis elle a lâché les ciseaux », témoigne-t-elle, encore sous le choc, hier. Sa fille, une métisse, serait victime de harcèlement scolaire. « Elle nous raconte que ses camarades se moquent de son père étranger lorsque ce dernier la ramène en voiture, le matin. Ils iraient jusqu’à la menacer en disant qu’ils ne veulent pas d’étrangers dans leur école », enchaîne-t-elle. Le harcèlement en milieu scolaire est assez fréquent au sein des établissements. Certaines victimes développent des idées suicidaires, d’autres sombrent dans la dépression, au point de décider de ne plus aller à l’école.
« Nous avons décidé de la retirer de son école et elle prendra une pause jusqu’à la fin de cette année scolaire. Elle reste très affectée par ce qu’elle a enduré. Des élèves se sont moqués de la couleur de sa peau, de ses cheveux crépus et de sa silhouette déjà développée, allant jusqu’à l’exclure de leur cercle. Même à la cantine, elle mangeait seule. Elle s’est sentie très esseulée et a fini par faire une dépression », témoigne Fenitry Ny Aina, mère de famille.
Manque d’affection
Sociologues et psychologues ont chacun leur explication de ce fait social. « Certains jeunes cherchent à s’imposer dans le groupe, à se sentir forts ou à être reconnus. Comme l’explique Pierre Bourdieu, les relations sociales sont souvent marquées par des rapports de domination : ceux qui disposent de davantage de “capital” — physique, social ou symbolique — peuvent chercher à dominer les autres. Par ailleurs, des élèves peuvent être ciblés en raison de leur apparence, de leur origine sociale, de leur langue ou de leur comportement. Ces différences deviennent alors un prétexte à l’exclusion ou à l’humiliation. Il y a aussi l’influence du groupe : un jeune peut harceler non pas parce qu’il est violent par nature, mais pour être accepté par les autres, éviter d’être lui-même rejeté, ou suivre une dynamique collective », explique Lanto Ratsida, sociologue.
Pour sa part, la psychologue Kolo Randriamanana explique que les auteurs de harcèlement présentent généralement des difficultés à gérer leurs émotions, souffrent d’un manque d’affection ou de problèmes relationnels. « Il se peut qu’ils aient été marqués par un traumatisme, comme la perte d’un parent, ou qu’ils traversent des difficultés personnelles qu’ils déversent sur les autres », explique-t-elle. « Si l’établissement scolaire éprouve des difficultés à y faire face, il peut consulter des professionnels », enchaîne-t-elle.
Cette psychologue insiste sur la nécessité d’apprendre à écouter réellement les enfants et à les accompagner au quotidien. Elle appelle aussi à la mise en place de dispositifs clairs face au harcèlement, ainsi qu’à une discipline ferme et cohérente que les élèves sont tenus d’intégrer et de respecter.
Miangaly Ralitera
