« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. » Beaucoup connaissent cette citation de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais que le public eut l’occasion d’entendre, pour la première fois, le 27 avril 1784 à la Comédie-Française. Le Mariage de Figaro est la pièce qui contient ce morceau saillant dont la saveur peut toujours être appréciée. Cinq ans plus tard, les frustrations sociales qu’elle a exprimées ont explosé lors de la Révolution française. Et les siècles qui ont suivi n’ont pas fait perdre la pertinence de la pièce et, par extension, celle de la réplique.
Cette première du 27 avril 1784 fut déjà une victoire pour Beaumarchais, l’aboutissement d’un combat de plusieurs années, dans une période marquée par l’emprise d’une noblesse privilégiée, principale cible de la pièce. Ce triomphe fut aussi celui des spectateurs, pour qui la soirée fut l’occasion de rire, d’applaudir le valet qui ose tenir tête à un comte, de porter en ovation Figaro, le roturier qui ose braver le noble Almaviva en lui décochant, comme une flèche, entre autres, la fameuse tirade dans laquelle il dit : « Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître.» Dans le contexte de la France de l’Ancien Régime, cette pièce eut un effet explosif, porté par un succès inégalé pour l’époque.
À travers Figaro, la philosophie des Lumières, qui a émergé durant ce siècle, trouva un porte-parole. Comme Jean-Jacques Rousseau qui, dans son ouvrage Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), affirme l’artificialité des inégalités sociales, où la naissance l’emporte sur le mérite. Figaro dénonce également les injustices que subissent ceux qui ne sont pas bien nés. Ainsi, on prend du plaisir à admirer l’intelligence du valet qui surpasse son maître, l’esprit qui bat le rang. Et jusqu’à nos jours, les discours de Figaro et le destin de la pièce peuvent encore parler aux consciences.
Notre époque, comme celles qui l’ont précédée, ne s’est pas débarrassée de ce vent capricieux qui peut toujours nous faire inhaler le relent de la censure. Le Mariage de Figaro est alors toujours une référence, un modèle qui peut encore inspirer les différents combats contre les différentes formes d’injustice. Beaumarchais a réussi à démontrer la force de l’art, sa capacité à porter les aspirations et son habileté à contourner les barrières.
Fenitra Ratefiarivony