APPROVISIONNEMENT EN CARBURANT - L’état d’urgence énergétique prolongé

Le Conseil des ministres, jeudi, a adopté un décret prolongeant la période d’état d’urgence énergétique. Une nouvelle situation d’exception qui durera quinze jours.

Les prix à la pompe de 4 660 ariary pour le gazole et  de 4 900 ariary pour le super sans plomb restent inchangés.

Bis repetita. La période d’état d’urgence énergétique est renouvelée pour les quinze prochains jours. Le décret y afférent a été adopté durant le Conseil des ministres de jeudi, au palais d’État d’Iavoloha.

Le communiqué de la réunion hebdomadaire est laconique sur le sujet. Il rapporte juste l’adoption de l’acte réglementaire sans préciser de délai ou fournir d’autres explications. Contacté, Harry Laurent Rahajason, directeur de la communication auprès de l’institution présidentielle, confirme, néanmoins, que la période d’exception est renouvelée pour quinze jours, comme le dispose la loi y afférente.

Le texte sur la situation d’exception prévoit en effet qu’elle peut être prolongée pour un délai ne pouvant pas excéder quinze jours, à chaque fois. Le directeur de la communication de la présidence de la République confirme également que le plafonnement des prix du carburant reste la principale mesure appliquée durant cette période d’urgence énergétique. « Les nouvelles mesures à prendre seront en fonction des conséquences de la guerre au Moyen-Orient, chez nous », ajoute-t-il.

« [Le] constat d’une crise profonde liée aux dysfonctionnements dans l’approvisionnement en énergie à travers tout le pays, en raison de la guerre au Moyen-Orient (...) », est la raison mise en avant par le Conseil des ministres spécial du 7 avril pour expliquer la déclaration de la première quinzaine d’état d’urgence énergétique. L es jours précédant cette décisi on, plusieurs grandes villes du pays ont en effet connu des perturbations dans l’approvisionnement en carburant.

Selon l’Office malgache des hydrocarbures (OMH), cette situation était causée par un dysfonctionnement dans la cadence des approvisionnements des stations-service en raison du long week-end pascal. Le 8 avril, Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Éner ie et des Hydrocarbures, a écarté le risque de pénurie de carburant. Selon lui, si la cadence d’arrivée des livraisons de carburant pour Madagascar était toutes les quatre semaines, désormais ce sera toutes les trois semaines.

Le principal point de chargement de l’hydrocarbure à destination de Madagascar se trouve à Sohar, en Oman, à 150 kilomètres du détroit d’Ormuz. Ce qui devrait préserver le pays d’une pénurie. Parlant de « mesure anticipative », le ministre Rabearimanga a expliqué que l’état d’urgence est surtout là pour permettre de suspendre le mécanisme d’ajustement automatique des prix et d’appliquer le plafonnement des tarifs à la pompe, afin d’éviter un choc économique.

Le ministre Rabearimanga a affirmé qu’en raison de la guerre au Moyen-Orient, le prix d’achat du carburant importé dans la Grande Île est d’un peu plus de 6 000 ariary par litre. Un tarif qui dépasse déjà les prix à la pompe, alors que les charges logistiques ne sont pas encore prises en compte.

Prérogative exceptionnelle

« Ce mécanisme est adapté en période de conjoncture normale, lorsque les prix internationaux sont relativement stables, car il limite les variations dans une fourchette de 200 ariary par litre, à la hausse comme à la baisse. Cependant, la situation actuelle montre que la hausse réelle est bien supérieure à cette limite », a alors expliqué le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures. Il a également souligné que l’initiative étatique avait été convenue avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le mécanisme d’ajustement automatique des prix est une des conditionnalités d’obtention des aides budgétaires de la part de l’institution de Bretton Woods. Dans son communiqué de fin de mission pour les troisième et quatrième revues combinées de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), les émissaires du FMI émettent pourtant un avis défavorable à la décision étatique de suspendre le mécanisme.

« La mission a souligné l’importance de maintenir l’application d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants suite à la pause en cours, afin de limiter l’impact de la forte hausse des cours mondiaux du pétrole sur le budget et de dégager des ressources pour répondre aux vastes besoins de développement de Madagascar », rapporte la missive. L’État opte toutefois pour la continuité de la période d’exception et le plafonnement des prix. Au risque de devoir combler le manque à gagner engendré par l’écart entre les prix à la pompe et les prix réels, plus tard.

La situation d’exception permet à l’État de procéder à des réquisitions de stocks et de moyens logistiques. Elle lui accorde également la prérogative exceptionnelle de s’affranchir de la rigueur des procédures d’attribution de marché afin d’accélérer des projets qu’il estime être une solution nécessaire à la situation.

Lors de la présentation de son discours-programme devant les députés, le 13 avril, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, a avancé, comme solutions pour éviter de subir les aléas des cours mondiaux du pétrole, « la diversification des sources d’approvisionnement». Il a également évoqué l’éventualité de renforcer la concurrence dans la distribution sur le marché local, avec l’entrée d’autres compagnies pétrolières.

Garry Fabrice Ranaivoson

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