RAÏS BOUKA - « Je veux faire mieux que lors de la précédente ascension »

L’alpiniste de 24 ans, Raïs Bouka, tente une deuxième ascension du mont Everest vers début mai. L’objectif de la famille Bouka est cette fois de planter le drapeau malgache au sommet.

Raïs Bouka, alpiniste.

Racontez-nous votre quotidien, surtout votre nuit actuellement en Autriche ?

Le programme varie selon les jours. Avant, je faisais deux matinées par semaine d’escalade sur glace, mais nous sommes désormais passés à une seule, car nous accordons davantage de place au cardio. Les jours consacrés à l’escalade sur glace, je me réveille, je prépare mes vêtements et mon équipement, je prends mon petit-déjeuner, puis nous partons grimper pendant trois à quatre heures. Les jours de cardio, tout dépend du volume prévu : 600, 1 200 ou 1 800 mètres de dénivelé positif. Dès que cela est possible, nous nous entraînons en montagne, car les conditions y sont plus réalistes. Après une longue journée, j’utilise souvent un pistolet de massage pour récupérer au niveau des jambes, parfois le sauna, et plus rarement la compression. En général, sur une semaine, nous faisons une à deux séances d’entraînement technique, trois jours de cardio, ainsi qu’une séance de renforcement des jambes et une autre du haut du corps. La nuit, nous utilisons une tente hypoxique dans laquelle nous dormons. Elle simule une très haute altitude afin de permettre une pré-acclimatation. Actuellement, nous dormons à environ 5 350 mètres, soit l’altitude du camp de base de l’Everest.

Quelle rigueur de préparation adoptez-vous pour faire mieux que lors de la précédente ascension ?

Je travaille tous les aspects de la préparation. L’année dernière, nous nous sommes approchés très près du sommet, mais cela tenait davantage à une forme d’obsession et à une forte détermination mentale qu’à une préparation réellement optimale. Cette année, je m’attache à améliorer ma technique en escalade sur glace, qui reste mon point faible. Je travaille aussi énormément le cardio pour que chaque pas ne devienne pas l’épreuve la plus difficile que j’aie jamais affrontée. Nous devons être capables de maintenir une moyenne de 500 m de dénivelé positif par heure pendant plusieurs heures et d’atteindre environ 3 600 m de dénivelé sur plusieurs jours. Je travaille également sur la gestion du froid, car l’année dernière, j’ai eu des problèmes d’engelures. J’ai désormais des chaussettes et des semelles chauffantes qui devraient m’éviter d’en souffrir à nouveau.

Quelle partie de la préparation est la plus dure ?

Le plus difficile, c’est la fatigue mentale. Nous enchaînons des séances de cardio très intenses en cherchant sans cesse à améliorer nos temps, et cela devient vite répétitif et éprouvant. Il est aussi difficile de dormir dans une tente hypoxique, car elle place le corps dans un environnement pauvre en oxygène au moment même où il a besoin de stabilité pour se reposer et récupérer. Le sommeil dépend d’une respiration stable et d’un niveau d’oxygène constant, mais le manque d’oxygène oblige le corps à accélérer sa respiration. Cela entraîne des schémas respiratoires irréguliers et des micro-réveils fréquents. En parallèle, le corps interprète ce manque d’oxygène comme une situation de stress, ce qui augmente le rythme cardiaque et active les hormones du stress. Le cerveau reste alors en alerte, surveille le niveau d’oxygène et déclenche des réveils partiels lorsqu’il baisse, ce qui rend le sommeil fragmenté et peu réparateur.

Quel type de repas prenez-vous le matin, le midi et le soir, et en quelle quantité ?

Des apports très élevés en calories. Dans la tente, on brûle plus de calories car le corps est sous stress intense et le rythme cardiaque est plus élevé. Je mange beaucoup de riz, de pain, de barres énergétiques, des galettes, etc. Actuellement, je mange de l’omelette, du pain, du beurre et du fromage le matin, des ailes de poulet avec de la salade ou du riz à midi, et beaucoup de protéines en accompagnement le soir. En randonnée, on consomme beaucoup de snacks très caloriques. J’essaie de consommer environ 200 calories par heure. Pour une séance de cardio de 4h30, j’ai environ 900 calories de snacks dans mon sac, ainsi que trois litres d’eau dont un litre avec électrolytes.

Serge Rasanda

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