Avec « Fortune », Élie Ramanankavana signe un premier roman puissant, une œuvre profondément enracinée dans les réalités sociales de Madagascar.
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| Elie Ramanankavana, auteur de Fortune, un roman entre mémoire familiale et réalité sociale malgache. |
Une plume qui dérange, une parole qui secoue : Élie Ramanankavana s’impose avec « Fortune », un premier roman où l’intime se mêle au politique dans une fresque profondément marquée par l’histoire malgache. Poète avant tout, l’auteur refuse toute frontière entre les genres, revendiquant une écriture libre où poésie et narration se confondent pour mieux saisir la complexité humaine.
Avant ce roman, il s’est fait connaître à travers deux recueils de poèmes : « Encre et lumière », publié chez Mpariaka Boky Madagascar, puis « Mille naissances pour quelques morts », aux éditions Edern en Belgique. Avec « Fortune », également publié chez Edern, il franchit une nouvelle étape. L’ouvrage sera officiellement lancé en septembre, après une avant-première en vente et dédicace prévue dès le 21 mars au Salon du livre africain de Paris.
Au cœur de son œuvre, la famille occupe une place centrale. Considérée comme la première cellule sociale, elle constitue pour l’auteur une clé essentielle de compréhension du monde. Dans « Fortune », il s’inspire à la fois de son histoire personnelle et de celle de sa femme pour construire un récit où les trajectoires individuelles font écho à celles de toute une nation. Le roman s’inscrit ainsi dans le cycle récurrent des révoltes populaires malgaches, proposant une lecture métaphorique du destin collectif.
Artiste engagé
Souvent qualifiée de violente, son écriture se veut avant tout le reflet fidèle d’une réalité marquée par la misère, la corruption, la prédation et une déshumanisation croissante. Loin de chercher à plaire, Élie Ramanankavana assume une posture d’artiste engagé, convaincu que le rôle de l’écrivain est de bousculer les consciences. Pour lui, la littérature doit rendre visibles les vérités que l’on préfère éviter, afin de les faire ressentir et repenser.
À travers « Fortune », il interroge également les récits que chacun construit sur soi-même. Ces histoires, souvent illusoires, peuvent enfermer l’individu comme la société dans des schémas répétitifs, nourris par les blessures et les ressentiments. Le roman met en lumière ce cercle vicieux, suggérant que seule la lucidité, accompagnée de compréhension et de pardon, peut ouvrir une voie de libération.
Avec cette œuvre dense et introspective, Élie Ramanankavana affirme une voix singulière dans le paysage littéraire, portant un regard sans concession sur son époque tout en invitant à une profonde réflexion sur l’humain.
Cassie Ramiandrasoa
