L’ancienne maire de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA), Harilala Ramanantsoa, passe la main à sa première adjointe, Finaritra Zaratiana Rajonson. Cette dernière assurera l’intérim à la tête de l’administration de la capitale.
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| La cérémonie de passation entre Harilala Ramanantsoa et Finaritra Rajonson s’est déroulée à l’Hôtel de Ville Analakely, hier. |
Clap de fin. Une page se tourne à la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA). Quatorze mois après son entrée en scène, Harilala Ramanantsoa, maire sortante, a officiellement remis les clés de la capitale à sa première adjointe, Finaritra Rajonson, hier. La cérémonie de passation s’est déroulée dans une des grandes salles de l’Hôtel de Ville, à Analakely.
Ancienne directrice du budget au ministère de l’Économie et des Finances, avant de rejoindre l’administration de la capitale, c’est Finaritra Rajonson qui assure l’intérim à la tête de la CUA jusqu’à nouvel ordre. Ce turnover découle de la décision du Conseil d’État, le 9 mars. Un verdict dans lequel il annule toutes les voix obtenues par la liste de candidats conduite par la maire sortante, casse et annule les résultats des municipales dans la capitale, et ordonne la tenue de nouvelles élections.
Cette décision du Conseil d’État a créé un cas de vacance du siège de maire de la CUA. Étant donné que l’annulation des voix obtenues par la liste qu’elle a conduite a impliqué que Harilala Ramanantsoa devait quitter ses fonctions. En attendant d’être notifiée du verdict, elle a indiqué poursuivre les affaires courantes. De prime abord, la notification a été faite. Ce qui explique la passation d’hier.
La loi relative aux Collectivités territoriales décentralisées (CTD), modifiée en 2021, prévoit qu’une fois la vacance de siège constatée par la juridiction compétente, il soit procédé à de nouvelles élections « dans les neuf mois à compter de la date de la notification de la décision de la juridiction compétente au ministère chargé de l’Intérieur». En attendant l’élection du nouveau maire, la loi sur les CTD prévoit deux options.
La première option est que l’intérim soit assuré par l’adjoint au maire dans l’ordre de leur nomination. La deuxième option est que « jusqu’à l’élection du nouveau chef de l’Exécutif, il sera procédé à la mise en place d’une délégation spéciale ». Composée d’un président et de deux vice-présidents, la délégation spéciale est nommée par arrêté du ministre de l’Intérieur. L’option de l’intérim est donc levée.
Conjoncture intenable
Déjà, durant les cérémonies de commémoration du 29 mars 1947, à Avaratr’Ambohitsaina et à Ambohijatovo, dimanche, c’était Finaritra Rajonson qui a été le visage de la CUA. Toutefois, son statut d’intérimaire limite grandement ses prérogatives. Contrairement au statut de président de la délégation spéciale (PDS), qui peut jouer pleinement le rôle d’un maire élu, elle ne peut donc se charger que de l’expédition des affaires courantes.
Outre les activités courantes comme le paiement des salaires, la gestion des services publics, l’exécution des décisions déjà prises ou des projets déjà en cours, Finaritra Rajonson n’a donc pas beaucoup de marge de manœuvre. Sont exclues de ses prérogatives toute décision politique majeure, ou encore l’édiction de nouvelles décisions ou de nouveaux projets, les engagements financiers importants, ou encore tout recrutement ou changement structurel significatif.
La maire par intérim ne pourra pas non plus s’appuyer sur le Conseil municipal pour appuyer ou légitimer d’éventuelles initiatives qui pourraient s’avérer nécessaires. La décision du Conseil d’État concerne également les conseillers municipaux. Si elle s’inscrit dans la durée, cette situation d’intérim risque de compliquer l’administration de la capitale. D’autant plus qu’il est probable que toutes autres élections, outre le référendum constitutionnel, attendent la 5e République.
L’anarchie est pourtant de retour dans la ville des mille. Les atermoiements dans les prises de décision, en raison des incertitudes politiques, pourraient en être une explication. Les marchands de rue reprennent leurs droits. Les transports en commun sont à nouveau ingérables. Le code de la route et les règles du vivre-ensemble sont jetés aux oubliettes. L’état des rues chaotiques nécessite de vastes projets de réhabilitation.
La gestion de la collecte des ordures est à nouveau défaillante depuis que le directeur de la Société municipale d’assainissement (SMA) a été nommé chef de région par intérim de l’Atsimo-Andrefana. Sans parler de la prolifération des constructions et remblais illicites. La conjoncture intenable dans la capitale pourrait imposer la mise en place d’une délégation spéciale dans les plus brefs délais.
Cependant, bien que le PDS jouisse des prérogatives du maire, l’absence du Conseil municipal pourrait être un handicap concernant les actes majeurs. Le budget de la commune, les emprunts ou les projets de construction ou de reconstruction ainsi que de grosses réparations, par exemple, doivent obtenir le feu vert préalable de cet organe délibérant. Le cas échéant, les tenants du pouvoir pourraient tenter une acrobatie juridique. Selon la loi sur les CTD, « des textes réglementaires peuvent préciser, si besoin est, les modalités d’application» de l’article sur les prérogatives du Conseil.
Garry Fabrice Ranaivoson
