Dans des sorties médiatiques, hier, les responsables, dont le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, ont expliqué la portée de l’état d’urgence énergétique décrété mardi. Le membre du gouvernement indique que le but est d’éviter une hausse des prix du carburant.
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| Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, s’adressant à la presse, hier, à Antaninarenina. |
Une mesure anticipative». C’est ainsi que Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, explique l’état d’urgence énergétique de quinze jours, décrété à l’issue du Conseil des ministres spécial, mardi. Le principal objectif étant d’éviter une hausse des prix du carburant, en ces temps où la guerre en Iran entraîne une envolée du cours du baril de pétrole sur le marché mondial. À l’entendre, il n’est donc pas question de pénurie.
«Il s’agit d’une mesure anticipative, et non d’une réaction à une crise déjà installée», indique le ministre Rabearimanga. Pour contenir la hausse des prix à la pompe, il fallait suspendre le mécanisme d’ajustement automatique des prix, explique-t-il. «Ce mécanisme est adapté en période de conjoncture normale, lorsque les prix internationaux sont relativement stables, car il limite les variations dans une fourchette de 200 ariary par litre, à la hausse comme à la baisse. Cependant, la situation actuelle montre que la hausse réelle est bien supérieure à cette limite», déclare-t-il.
Selon le membre du gouvernement, le prix d’achat du carburant importé dans la Grande Île est d’un peu plus de 6 000 ariary par litre. Un tarif qui dépasse déjà les prix à la pompe — de 4 660 ariary pour le gasoil et de 4 900 ariary pour le super sans plomb —, alors que les charges logistiques ne sont pas encore prises en compte. «Dans la situation actuelle, si le mécanisme d’ajustement automatique des prix est maintenu, nous devons appliquer une hausse progressive de 200 ariary par mois, jusqu’en décembre», ajoute le ministre Rabearimanga.
Pourtant, même si cette cadence de hausse est appliquée, «nous n’atteindrons pas encore la vérité des prix», note le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, soulignant que «l’écart est trop grand». Une telle hausse risque, par ailleurs, d’engendrer de lourdes conséquences socio-économiques pour le pays. Pourtant, à s’en tenir aux explications du membre du gouvernement, une éventuelle subvention est inenvisageable.
Consensus
Une éventuelle subvention pour atténuer la hausse des prix à la pompe jusqu’en décembre serait estimée à 1 500 milliards d’ariary. «Une somme que le budget étatique ne peut pas supporter», regrette Radonirina Lucas Rabearimanga. Mettre fin à la subvention étatique est justement le but du mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe. Cette mesure ayant été convenue avec le Fonds monétaire international (FMI), comme l’une des conditionnalités d’obtention des aides budgétaires de la part de cette institution financière.
Le FMI, dont une délégation est à Madagascar pour une revue des programmes de Facilité élargie de crédit (FEC) et de Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Selon les explications du ministre Rabearimanga, la possibilité de suspendre l’application de l’ajustement automatique des prix a été discutée avec cette délégation. Visiblement, la déclaration d’une situation d’exception pour y procéder a fait consensus. Le fait que l’état d’urgence énergétique soit circonscrit dans un laps de temps précis pourrait avoir convaincu les émissaires de l’institution de Bretton Woods.
La période d’exception peut cependant être prolongée. Cette décision pourrait être tributaire de l’évolution de la conjoncture internationale. Entre-temps, l’État devra trouver une solution pour éviter, à la fois, l’option subvention et une flambée des prix à la pompe. Une équation compliquée, surtout si la pression de la guerre au Moyen-Orient sur le cours du pétrole persiste.
Dans ses explications d’hier, le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures a également évoqué le fait que la décision étatique vise aussi à éviter les conséquences d’une hausse des prix du carburant sur les finances de la Jirama. Environ 60 % de la production en électricité de cette société provient des centrales thermiques. À écouter le membre du gouvernement, l’état d’urgence énergétique devrait aussi être une occasion pour accélérer les projets d’hybridation afin de réduire la dépendance aux centrales thermiques.
La situation d’exception permet en effet à l’État de déroger à certaines règles pour, par exemple, passer des marchés publics en urgence. Sur ce point, des acteurs au sein de la société civile appellent à la vigilance et préviennent contre les risques d’abus et de malversations.
Le risque de pénurie écarté
L’OMH explique la difficulté de trouver de l’essence auprès des stations-services par une surconsommation soudaine des usagers en raison de «la psychose d’une pénurie». Une situation qui s’est renforcée, hier, après la déclaration de l’état d’urgence énergétique. Une organisation logistique aurait ainsi été mise en place afin de pouvoir renflouer à temps les cuves des stations-services. La Jirama, elle aussi, rassure sur la suffisance de ses réserves pour approvisionner ses centrales thermiques.
Garry Fabrice Ranaivoson
