À Antsiranana, la mangrove renaît grâce à l’action des communautés locales. L’ONG C3 coordonne la replantation pour protéger l’environnement et la vie des habitants.
| La restauration de la forêt de mangrove a aussi renforcé le tissu social. |
La restauration des mangroves franchit une nouvelle étape avec le lancement d’un projet ambitieux porté par l’ONG C3 ou Conservation centrée sur la communauté, en collaboration avec les autorités locales et les communautés riveraines. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de préservation des écosystèmes côtiers, fortement menacés ces dernières années.
Il s’agit plus exactement d’une deuxième vague d’une campagne de repeuplement de mangrove dans le complexe des Trois Baies (Ramena, baie de Sakalava, baie des Dunes, baie des Pigeons et Ankorikahely). Dans ce complexe écologique, les pressions humaines, dont coupe abusive, urbanisation galopante, ensablement progressif, conjuguées à l’intensification des aléas climatiques, ont considérablement accéléré la dégradation des écosystèmes. Au fil des années, ces forêts côtières ont été inexorablement grignotées, victimes de l’exploitation incontrôlée du bois, de la production de charbon et de l’expansion désordonnée des activités humaines.
Renaissance
Cette fois, car la mangrove est en danger, des mains locales se mobilisent pour la sauver. Sur le terrain, les premières actions ont déjà débuté avec des campagnes de replantation de palétuviers, espèce emblématique des mangroves.
Dans une chaleur encore lourde de la saison sèche, ils sont des dizaines, accompagnés des militaires, à s’enfoncer dans la boue, pieds nus, les mains chargées de jeunes plants. Hommes, femmes, écoliers, jeunes volontaires, toute une communauté s’est donnée rendez-vous à Atsirinkalagnana, dans la commune rurale de Ramena, pour redonner souffle à un rempart naturel longtemps négligé. Sur les lieux, la restauration des mangroves n’est plus un simple projet environnemental, c’est un combat collectif, vu la dégradation flagrante. Sur le terrain, les gestes sont précis. Des plantules de mangrove de quatre différentes espèces, à majorité « Rhizophora mucronata», connue par l’appellation locale « Honko lahy », et « Ceriops tagal » ou « Honko vavy » sont enfoncées avec soin dans un espace déjà sélectionné, espacées méthodiquement pour maximiser leur croissance. Chaque parcelle restaurée devient un symbole d’engagement, mais aussi un pari sur l’avenir.
Selon les explications du responsable volet opération au sein de la C3 Madagascar, Yasser Abdou, l’organisation a lancé une première opération de restauration en avril 2025, qui a permis de reconstituer des zones ciblées prioritaires, à savoir Ramena, baie de Sakalava, Ankorikahely.
Ainsi, la campagne 2026 marque la deuxième vague de restauration, afin de renforcer les acquis de 2025, durant laquelle environ vingt mille jeunes pousses ont été mises en terre sur vingt hectares, avec un taux de réussite estimé à 87 %, démontrant l’efficacité de l’engagement communautaire et institutionnel dans le complexe des Trois Baies.
« Cette campagne de reboisement a permis de mettre en terre 12 000 plantules de mangroves, réparties stratégiquement sur les trois sites ciblés du complexe Trois Baies. Ce volume constitue non seulement un objectif quantitatif, mais aussi une étape essentielle pour renforcer la capacité de régénération naturelle des zones restaurées et assurer la continuité des efforts engagés lors de la première vague menée en 2025, grâce à un suivi plus rigoureux et communautaire», a-t-il affirmé. Et d’ajouter que protéger la mangrove, c’est protéger les populations.
Au-delà de l’impact écologique, ces actions renforcent aussi le tissu social. Des associations villageoises se structurent, les jeunes s’impliquent, et une nouvelle conscience environnementale émerge.
Raheriniaina