Ca suffit. Les bornes sont largement dépassées. Les poids lourds ont de nouveau fait deux victimes innocentes à Manjakandriana. Le camion, abandonné par sa transmission, s’est affalé de tout son poids pour écraser une berline en sens inverse. Une mère de famille et sa fille ont été tuées dans cette tragédie. Le père, plus chanceux, s’en était sorti par miracle.
C’est un accident de trop dont un poids lourd en est l’auteur. La Hyundai se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Il semblerait que ce soit le destin tragique des deux victimes, d’autres estiment que c’est la fatalité. Dans un cas ou dans l’autre, deux personnes ont perdu la vie pour une faute qu’elles n’ont pas commises, ou plutôt par la négligence, l’imprudence et l’inconscience du camionneur. Il ne s’agira pas du dernier accident de ce genre si on continue à laisser les poids lourds à n’en faire qu’à leur tête.
Leur conduite dangereuse est maintes fois dénoncée par les usagers, sans qu’aucune mesure sérieuse et rigoureuse n’ait été prise par les responsables du transport et de la circulation routière. Des vieux engins interdits de circuler peuvent être importés du moment que leur propriétaire a une autorisation et paie les taxes douanières. Aucune limite sur le poids ni les dimensions du camion. Des semi-remorques de six essieux et pesant plus de trente tonnes circulent en toute tranquillité, partout et à toute heure. Aucune réglementation n’est imposée. Même en ville, ils peuvent rouler comme ils veulent, quand ils veulent. Ensuite, on se demande où ces poids lourds passent leur visite technique. Avec leur poids et leur taille, on ne voit pas des centres de visite capables de les accueillir. Une transmission défaillante aurait dû être détectée par les examinateurs lors des visites. Et des signes avant-coureurs auraient dû être sentis par le conducteur.
Ensuite, on ignore si le permis de conduire des chauffeurs de poids lourds est obtenu dans les normes. Il n’y a pas assez de camions-école, même dans la capitale, et à plus forte raison dans les régions et districts éloignés, pour apprendre aux conducteurs le minimum de responsabilité quand on se trouve au volant et pour leur faire comprendre que le destin des autres usagers de la route peut dépendre de leur mauvaise conduite.
Il existe un ministère des Transports et diverses agences, des coopératives, mais le fait est que les passagers et les utilisateurs de la route risquent à tout instant leur vie en croisant ces engins de mauvais augure.
Sylvain Ranjalahy