Ce n’est pas trop tôt. Un décret pris en conseil des ministres annonce l’application du nouveau code de la route. Il était temps vu la multiplication des accidents ces derniers temps dont les principales victimes sont les poids lourds et les motocyclistes. Il a fallu le revoir depuis longtemps étant donné que le contexte a radicalement changé alors que le code Rousseau datait des années 70. De 1960 à 2025, le nombre de véhicules, automobiles et deux-roues compris, a décuplé. Les routes ne se sont pas beaucoup multipliées et élargies. Exceptée dans la ville d’Antananarivo, aucune nouvelle rue n’a été ouverte. Même dans la capitale, on a dû faire des réaménagements pour fluidifier la circulation. Le code de la route n’a plus aucun sens. On roule à gauche dans les voies rapides, les cyclistes, les charrettes et les motocyclistes refusent d’emprunter la voie réservée à eux à Anosibe. Les bons conducteurs doivent se servir d’une boussole pour savoir où est la priorité. Le sens interdit remonte à l’antiquité.
Sur les routes nationales, c’est pratiquement la loi de la jungle. Il n’existe aucune réglementation ni sur le poids ni sur le nombre d’essieux des poids lourds. En somme, l’application du nouveau code de la route ressemble à un travail d’Hercule.
Les conducteurs sont aussi têtus que les marchands de rue. À l’image des 80 % de la population, qui vivent en dessous du seuil de la pauvreté et n’ont pas dépassé le stade primaire, on se demande comment les chauffeurs de poids lourds peuvent maîtriser le code de la route de même que les cyclistes et les motocyclistes qui ne nécessitent pas de permis de conduire et qui ne savent pas à quoi sert un catadioptre.
Selon certaines sources, les modifications concernent surtout les différentes catégories de permis et d’autorisations de conduire, les conditions et modalités de leur délivrance, la durée de leur validité ainsi que les infractions susceptibles d’entraîner l’interdiction de délivrance, la suspension ou le retrait temporaire ou définitif de ces titres. En bref, tous les points qu’il faudra revoir. Jusqu’ici la délivrance de permis de conduire, quelle que soit la catégorie, se fait avec plus de complaisance que de rigueur.
C’est bien de concevoir un nouveau code, mais c’est mieux d’en finir à tout jamais à la routine. Établir un nouveau code est une chose, le faire respecter en est une autre. Le contrôle effectué par la police de la route doit gagner en rigueur et sévérité. Autrement, il sera difficile de maîtriser cette lourde armée d’indisciplinés qui font leur loi sur toutes les rues de la ville.
Sylvain Ranjalahy