Les émissaires du FMI recommandent le maintien du mécanisme d’ajustement automatique du prix du carburant. Ce qui va à l’encontre de la décision étatique de plafonner les prix à la pompe dans le cadre de l’état d’urgence énergétique.
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| Constant Lonkeng, chef de mission du FMI, lors d’une réunion au ministère de l’Économie et des Finances. |
Un grain de sable dans la machine. Dans son communiqué de fin de mission, les émissaires du Fonds monétaire international (FMI) mettent le pied dans le plat au sujet du plafonnement des prix à la pompe décidé par l’État. Il s’agit de la principale mesure appliquée dans le cadre de l’état d’urgence énergétique décrété la semaine dernière.
« La mission a souligné l’importance de maintenir l’application d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants suite à la pause en cours, afin de limiter l’impact de la forte hausse des cours mondiaux du pétrole sur le budget et de dégager des ressources pour répondre aux vastes besoins de développement de Madagascar », rapporte le communiqué de fin de mission pour la troisième et quatrième revue combinées de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), du 26 mars au 8 avril.
Les émissaires de l’institution de Bretton Woods recommandent plutôt « (…) la nécessité urgente de déployer des mesures compensatoires bien ciblées pour protéger les ménages vulnérables face à la hausse des prix à la pompe et aux mesures de rationalisation des dépenses fiscales ». L’état d’urgence énergétique, pour une durée de quinze jours, a été décrété à l’issue d’un Conseil des ministres spécial, le 7 avril, en raison de la crise du carburant causée par la guerre au Moyen-Orient.
Durant une conférence de presse conjointe avec la délégation du FMI, à Antaninarenina, le 8 avril, Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, a affirmé que la décision édictée durant le Conseil des ministres spécial avait été convenue avec les émissaires de l’institution de Bretton Woods. Il a annoncé ainsi qu’en conséquence, le mécanisme d’ajustement automatique des prix était suspendu jusqu’à nouvel ordre. Toutefois, le communiqué de fin de mission de ces derniers tend à remettre en cause l’initiative étatique.
Parlant de « mesure anticipative », le ministre Rabearimanga a, par ailleurs, défendu la décision étatique par le fait qu’elle permet de contenir la hausse des prix à la pompe. « Ce mécanisme est adapté en période de conjoncture normale, lorsque les prix internationaux sont relativement stables, car il limite les variations dans une fourchette de 200 ariary par litre, à la hausse comme à la baisse. Cependant, la situation actuelle montre que la hausse réelle est bien supérieure à cette limite », a-t-il expliqué.
Diversification de l’approvisionnement
Lors de la publication des tarifs appliqués à la pompe pour ce mois d’avril, l’Office malgache des hydrocarbures (OMH), le 5 avril, a déjà parlé de «prix maxima». C’est comme si cette entité donnait déjà un indice de la décision qui allait être prise en Conseil des ministres, le 7 avril. La missive du FMI laisse entendre pourtant que l’État serait amené à endosser le paiement du gap entre les prix à la pompe et les prix réels, que risque d’engendrer ce plafonnement. D’autant plus que, si cela s’avère nécessaire, l’état d’urgence peut être prolongé.
Pourtant, le conflit au Moyen-Orient s’enlise. Selon les indiscrétions sur la teneur d’une réunion à la primature le 2 avril, les prix affichés actuellement auprès des stations-services de la Grande Île seraient tenables, au moins jusqu’en début mai. Le carburant mis sur le marché ayant été acheté avant le début de la guerre. Le ministre Rabearimanga parle pourtant d’une cadence de livraison toutes les trois semaines à partir de maintenant, pour rassurer l’opinion publique face à la psychose d’une pénurie.
Certes, le carburant livré à la Grande Île ne passe pas par le détroit d’Ormuz, mais son prix est affecté par la flambée du cours du pétrole. En marge de la cérémonie d’ouverture de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures a été questionné sur une éventuelle subvention prise en charge par l’État pour compenser le plafonnement des prix à la pompe. « Il n’est pas encore question de subvention », a-t-il répliqué, en ajoutant qu’il y aura encore une concertation avec les compagnies pétrolières.
Bien que la décision s’applique dans une situation d’urgence, il est cependant probable que l’État sera amené, tôt ou tard, à compenser le manque à gagner suite au plafonnement. Toutefois, les tenants du pouvoir défendent leur décision par le souci de préserver le pouvoir d’achat de la population et celui de se protéger du choc économique que risque d’engendrer une forte hausse des prix du carburant.
Lors de la présentation de son discours-programme devant les députés, lundi, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, a avancé comme solutions pour éviter de subir les aléas des cours mondiaux du pétrole, « la diversification des sources d’approvisionnement ». Il a également évoqué l’éventualité de renforcer la concurrence avec l’entrée d’autres compagnies pétrolières. Néanmoins, il faudra trouver la formule idoine afin d’éviter que la facture des décisions face à la crise actuelle ne soit salée.
Garry Fabrice Ranaivoson
