Personne n’osera avouer n’avoir jamais lu les «Tantara Ny Andriana» du Père jésuite Callet. Tout le monde, surtout ceux qui n’ont pas lu une seule ligne des «2 volumes, in-8°, 1243 pages», se permet de commenter et d’émettre un avis, d’autant plus péremptoire qu’ignorant. Le premier volume de «juste» 260 pages avait été publié à 40 exemplaires, le 3 avril 1873. Aujourd’hui, quasiment introuvable, même auprès des meilleurs bouquinistes (surtout après l’incendie qui avait ravagé le marché aux livres d’Ambohijatovo), ce premier volume, ainsi que le reste de la collection (2 volumes en malgache bien plus enchéris que les 4 volumes en traduction française), s’échange discrètement de bouche à oreille entre initiés qui se connaissent de longue date.
Faire réfléchir les Malgaches (d’Imerina) sur leurs coutumes et leur histoire : «Merina, scrutez l’histoire et les coutumes de vos ancêtres ; relisez-les souvent. Une lecture calme et attentive de l’histoire est bénéfique, et donne des idées sur ce qu’il convient de faire. Quelle est donc la signification de l’histoire, sinon de dire avec assez de justesse le bien et le mal commis par ceux qui nous ont précédé ? L’histoire est impartiale : ce qui est bien, et ce qui ne l’est pas, doit être dévoilé, quels qu’en soient les acteurs ; si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain» (préface à TA 1873, p.3).
L’oeuvre du Père Callet mérite une meilleure connaissance. Laissons la parole à Alain Delivré, le premier qui ait effectué «du bon et du très bon boulot» sur cette somme ethnographique et historique toujours inégalée même après 153 ans. Alain Delivré est l’auteur d’une lecture critique monumentale, ne serait-ce que par l’ampleur du millier de notes de bas de page, en guise de thèse de doctorat, soutenue à Paris en 1968 : «L’histoire des rois d’Imerina. Interprétation d’une tradition orale», éditions Klincksieck, 1974.
«Le P. Callet composait les Tantara à l’intention des Malgaches, mais il ne s’agissait nullement pour lui de présenter un tableau du passé en quelque sorte conforme à l’idéal moral et religieux du christianisme. Cela comportait des risques d’un point de vue missionnaire : elle amenait le P. Callet à livrer à l’impression des déclarations d’informateurs qui ne s’accordaient guère avec les principes chrétiens. Mais, délibérément, le P. Callet fit connaître ce qu’il estimait être la vérité sur la religion merina, telle que les Merina eux-mêmes l’interprétaient. Saine apologétique (NDLR : selon le Larousse : «discipline de la théologie visant à montrer l’excellence des croyances et des rites d’un groupe religieux»), qui cherche à comprendre la pensée d’autrui plutôt que de la combattre».
«Il ne voulut pas imposer à ses lecteurs une interprétation personnelle des évènements et décida de publier les récits historiques tels quels. Se bornant au travail de composition, il fit bien remarquer qu’il ne s’agissait aucunement d’une histoire achevée, mais de documents qui devraient servir à édifier une histoire».
«À cette date, malgré l’insuffisance relative de son information, il avait déjà l’intuition que la catégorie de documents à laquelle il avait affaire devait être plutôt reproduite, selon l’expression de H. Deschamps, «indépendamment de toute synthèse». C’était le mérite de ce volume (le premier tome paru le 3 avril 1873) pourtant peu étendu (260 pages): ce sera le mérite de l’oeuvre entière».
Nasolo-Valiavo Andriamihaja