TRAFIC DE MIGRANTS - La Cour criminelle condamne des ressortissants étrangers

Au milieu des larmes et de la fatigue, la Cour criminelle d’Anosy a rendu hier son verdict : six Somaliens, un Soudanais et un Comorien ont été condamnés pour trafic de migrants. Seule une Malgache a été acquittée, au bénéfice du doute.

Le palais de justice à Anosy où le procès s’est déroulé.

Dans la salle 5 du Palais de Justice, l’audience a été marquée par des débats parfois chaotiques.

Un Somalien, poursuivi pour trafic de migrants et usage de faux, a écopé de six ans de réclusion. Sa compatriote et trois autres accusés, jugés pour entrée illégale, ont été condamnés à neuf mois de prison ferme. Pour complicité dans la fabrication de fausses cartes de séjour, le Soudanais et un autre Somalien ont été condamnés à un an de prison. Quant au Comorien, installé à Madagascar depuis 2017 avec un visa étudiant expiré, il a été reconnu coupable de falsification de documents et condamné à deux ans de prison.

La détention préventive déjà effectuée à Antanimora sera déduite des peines. Le procès, initialement reporté faute d’interprète, a donné lieu à des scènes insolites. L’interprète, debout auprès des Somaliens dont seuls deux comprenaient le français, semblait exténué. La juge a ponctuellement glissé quelques mots en anglais pour maintenir le fil. Mais le moment le plus marquant fut la plaidoirie d’un avocat, submergé par l’émotion, qui s’est mis à pleurer en évoquant l’humanité des accusés : « Est-ce une faute d’aider ses compatriotes ? Dans d’autres pays, on les rapatrie, on ne les jette pas en prison. Regardez cette jeune Somalienne… j’ai une fille de son âge ». Après quelques secondes, il a repris son intervention, encore ému.

À Tsiazotafo et Ambohibao

Au coeur du dossier, le commanditaire du trafic, né à Iharana (Vohémar) d’une mère somalienne et d’un père malgache, a grandi au Canada. Son passeport canadien indique 1989 comme année de naissance, alors qu’il serait né en 1987. Revenu à Madagascar en 2019, il retrouve son père biologique qui lui fournit une carte d’identité sous un autre nom. Exportateur de vanille, il aurait été contacté par une agence somalienne pour accueillir des migrants envoyés vers Madagascar.

Les migrants affirment avoir payé entre 1 500 et 4 000 dollars chacun. Leur itinéraire les a menés de Somalie à Addis-Abeba, puis à Antananarivo avec un visa touristique. Hébergés à Tsiazotafo et Ambohibao, ils espéraient poursuivre vers Mahajanga, Antsohihy ou Ambanja, avant de rejoindre les Comores, Mayotte, puis l’Europe. Mais leur parcours s’est interrompu à Antananarivo, où la police les a arrêtés.

La Malgache, simple employée du commanditaire, se contentait de livrer la nourriture et de nettoyer la maison pour 200 000 ariary par mois. Elle nie connaître les activités de son patron. Le Comorien n’a pas su expliquer ses revenus.

La juge a présenté des preuves électroniques, des messages imprimés, établissant leur implication dans la falsification de documents. Les avocats ont tenté de démontrer que leurs clients étaient entrés légalement sur le territoire. « Ils ont franchi la police de l’immigration avec un visa en règle», ont-ils plaidé.

Haja Léo

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