Retour de flamme

Que reste-t-il de l’insurrection de 1947? Que sont devenues les luttes pour plus de liberté, d’égalité, pour moins de corruption ? Les réalités parlent d’elles-mêmes sans qu’on ait besoin de faire un dessin. Tout a débouché sur une pauvreté indicible qui classe Madagascar parmi le top dix des dernières nations les moins nanties au monde. Nanti est, d’ailleurs, un euphémisme quand on sait que Madagascar est assis sur une mine d’or alors que la population vit dans la dèche depuis le début de la seconde république. 

Hier, à Moramanga, lors de la commémoration du 79e anniversaire des événements du 29 mars 1947, le chef de l’État et président de la Refondation, a lancé un appel au retour de la flamme patriotique pour réussir justement la reconstruction du pays. Il a peut-être senti que la commémoration est devenue une routine et que seuls les immortels « rescapés » de la répression sanglante du mouvement par l’armée française, se sentent concernés. Un ancien président avait d’ailleurs le culot d’affirmer qu’il n’était pas encore né en 1947 et qu’il n’en savait pas grand-chose. 

Beaucoup de la nouvelle génération ignorent ce qui se passait à cette époque et quel était l’objectif de l’insurrection. Un historien, heureusement, ne cesse pas d’expliquer chaque année à la même période les tenants et les aboutissants de cette révolte dont beaucoup de zones d’ombre restent inexpliquées. 

Mais on ne peut pas dire que les jeunes se désintéressent de la vie politique nationale. Loin s’en faut. En 1972, les étudiants en médecine étaient à l’origine de la chute du régime Tsiranana. En 1991, « le wind of change», tube de l’époque, hymne des jeunes, a fini par avoir raison du coriace régime Ratsiraka, qui ne voulait pas partir et quitter le pouvoir comme le Zimbabwéen Robert Mugabe, le Gabonais Omar Bongo, le Camerounais Paul Biya, l’Équato-guinéen Théodore Obiang….

Et puis, l’année dernière le mouvement Gen Z, appuyé par le Capsat, a fini par mettre au tapis le régime Rajoelina après 16 ans de règne. 

Autrement dit, les jeunes sont des fervents acteurs politiques et de vrais patriotes. Ils n’en ont pas l’air et semblent préoccupés par autres choses, mais on a vu qu’ils constituent de vraies forces de changement et dont l’engagement patriotique est indéniable. 

Il y a donc de l’espoir pour entretenir le nationalisme et le patriotisme des jeunes. Sauf que, pour un souvenir d’un événement comme le 29 mars 1947, on manque cruellement d’imagination. On répète les mêmes choses chaque année en l’occurrence dépôts de gerbes à Ambohijatovo, au Mausolée, à Moramanga et dans d’autres endroits. Les martyrs méritent mieux, surtout l’année prochaine où l’on commémorera le 80e anniversaire de cette insurrection. Toute proportion gardée, le devoir de mémoire devrait inciter les dirigeants à donner à l’événement l’importance qu’il mérite à l’image de l’anniversaire du débarquement en Normandie en 1945 qui a marqué la défaite des Nazis et la fin de la guerre. Si on ne sait pas honorer nos héros, il est difficile pour les jeunes d’avoir des références dans tous les domaines, exceptés les vedettes du showbiz et les disc-jockeys.  On sait où cette voie a mené le pays.

Sylvain Ranjalahy

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